Recherche
 
Fermer
Connection

Se reconnecter :
Votre nom (ou pseudo) :
Votre mot de passe
<O>


    visiteurs
    visiteurs en ligne

  Nombre de membres 25 membres
Connectés :
( personne )
Snif !!!
 
Recherche
 
Fermer
 
Libre service
Les sections
Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
64 Abonnés
Calendrier
NEWS d'ailleurs - NPA

NPA


Les choix industriels amplifient la catastrophe sociale. Contribution au débat pour le «plus jamais ça»  Voir ?

Publié par Alencontre. Le choc mondial actuel se transformera en crise économique d’autant plus profonde – peut-être comparable dans son ampleur à celle de 1929 – que l’économie mondiale n’était pas vraiment sortie de la crise de 2008 (si on excepte la prospérité des marchés financiers). Cependant, cette crise mondiale prend des formes diversifiées selon les pays.

En France, la crise survient dans un contexte d’offensive budgétaire du gouvernement contre les hôpitaux et les soignants. La défaillance du gouvernement dans ce domaine est connue et dénoncée. Les défaillances industrielles en termes d’équipements médicaux vitaux (ventilateurs, test de diagnostics, masques,…) ont été brutalement révélées. Pour tenter de cacher son impéritie, le gouvernement a tenu des discours contradictoires sur la nécessité ou non de masques et de tests. Les défaillances industrielles ne s’arrêtent pas au médical, elles concernent de nombreux secteurs essentiels. Cet article fournit un éclairage sur les causes de cette situation.

Une catastrophe sociale

Fin 2018, le groupe multinational américain Honeywell fermait son unité de production industrielle située en région Bretagne pour la délocaliser en Tunisie, licenciant en même temps 38 salarié·e·s. Sa production était de 200 millions de masques par an, soit près de 20 millions par mois, fabriqués sur des machines ultra-modernes pouvant produire chacune 4000 masques à l’heure. C’est le constat fait dans un communiqué de l’Union syndicale Solidaires (Côtes d’Armor)1.

Cette catastrophe sociale vient sur le devant de la scène en raison de l’épidémie de coronavirus. Elle n’est toutefois qu’un maillon dans la longue chaîne des liquidations d’entreprises qui produisent en France des biens vitaux. Dans l’industrie médicale, les fermetures d’usine et les relocalisations d’activités à l’étranger ont eu pour conséquence un accroissement gigantesque du déficit commercial (exportations moins importations) du secteur ‘Instruments à usage médical, optique et dentaire’ (figure 1).

 

Figure 1 : Evolution du solde commercial des instruments à usage médical, optique et dentaire


Sources : auteur, données Douanes

 

A titre d’illustration de ces défaillances industrielles, on peut rappeler que dans les années 1980, la Compagnie Générale de Radiologie (CGR), filiale de Thomson-CSF (aujourd’hui Thales), était en position de quasi-monopole mondial dans l’imagerie médicale. Nul besoin d’être énarque, comme l’était son PDG, Alain Gomez, pour comprendre que la croissance des prescriptions d’examens médicaux fondés sur ces technologies serait importante. Mais Thomson-CSF était un des grands groupes de l’armement, et c’est dans l’armement que les rentes de situation pour le groupe étaient garanties. La CGR fut donc vendue au groupe américain GE (General Electric).

Le résultat est là. En 2019, la France importait 75% des appareils de diagnostic par visualisation à résonance magnétique des Etats-Unis et le solde commercial de ce type de biens est déficitaire, comme le sont d’autres instruments médicaux de diagnostic, par exemple aujourd’hui les tests de diagnostic du Covid-19.

Les élites capitalo-fonctionnaires

Le secteur des instruments médicaux n’est pas le seul à accumuler les déficits. En fait, depuis les années 2000, la plupart des secteurs industriels sont dans la même situation. Résultat: le déficit de la balance des biens manufacturiers ne cesse de se creuser (figure 2). Même l’industrie automobile, un point fort traditionnel, affichait en 2019 un déficit de 15 milliards d’euros, alors que son excédent était de 11 milliards en 2000. Et pas d’excuse sur le coût du travail: en 2019, le déficit de nos échanges avec les pays de la zone euro était plus important que celui enregistré avec toute la zone Asie.

Le désintérêt pour l’industrie manufacturière est l’aboutissement de dizaines d’années d’actions concertées des gouvernements et des dirigeants de grands groupes industriels français. Leur complicité est d’autant plus grande qu’ils sont formés dans les mêmes grandes écoles (Polytechnique, ENA). Ils passent sans aucun souci de postes de haut-fonctionnaires au sein de l’appareil d’Etat à la direction des grands groupes industriels et bancaires et, dès que l’opportunité politique se présente, ils retournent dans l’appareil d’Etat. Le capitalisme de connivence, d’endogamie et de conflits d’intérêts2 est bien installé en France. Sur l’ensemble des directeurs généraux et présidents français du conseil d’administration qui dirigent aujourd’hui les groupes du CAC 40, près de la moitié a également travaillé dans les grandes institutions de l’Etat3.

Face ils gagnent, pile les salariés perdent

Installés à la direction des grands groupes, ces capitalo-fonctionnaires expliquent aux salariés que les contraintes de la ‘mondialisation’ justifient les fermetures de sites. Lorsqu’ils sont aux commandes de l’Etat, ils expliquent que l’Etat ne peut rien contre ces contraintes. Ils refusent même fréquemment de répondre aux salariés, tels que ceux d’Honeywell ou encore ceux de Luxfer [à Gerzat, banlieue nord de Clermont-Ferrand] la seule entreprise française qui produisait des bouteilles d’oxygène médical, fermée par ses propriétaires en novembre 2018 et dont les salariés demandent la nationalisation. Ils refusent de répondre aux personnels de santé, qui depuis des années, dénoncent la catastrophe humanitaire dans les hôpitaux.

Pile, les salariés perdent, face les capitalo-fonctionnaires gagnent, telle l’actuelle ministre du Travail, M. Pénicaud, qui, bien que non-énarque, a réalisé 1,13 million d’euros de plus-value sur les stock-options en tant que Directrice générale des ressources humaines chez Danone, au moment où le groupe supprimait 900 emplois de cadres, dont 230 en France4. Ces gigantesques revenus sont justifiés, nous dit-on, car ce sont les «premiers de cordée», traduction présidentielle de la théorie économique dominante. Celle-ci nous enseigne que les individus sont rémunérés en fonction de leur productivité (marginale, pour les spécialistes), c’est-à-dire en fonction de leur contribution à la création de richesses. Ceux qui captent des revenus démesurés sont donc démesurément utiles à la société. Les soignants, enseignants, cheminots, routiers et les caissières, livreurs et tous les «invisibles» (pour les éditocrates des plateaux TV) savent donc pourquoi ils sont mal payés.

Les capitalo-fonctionnaires sont parfois appelés par complaisance «capitaines d’industrie» alors qu’ils n’ont rien à voir avec les entrepreneurs «héroïques» imaginés par l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950). Leur stratégie industrielle a été résumée par Serge Tchuruk d’Alcatel le 26 juin 2001, dans une réunion organisée par le Wall Street Journal pour les investisseurs financiers: «Nous souhaitons être très bientôt une entreprise sans usine»5. Résultat: entre 2000 et 2005, les effectifs mondiaux d’Alcatel ont été divisés par deux, passant de 113’400 à 57’700. Le naufrage a continué jusqu’à la disparition d’un groupe qui figurait parmi les «fleurons industriels nationaux»6. Au début des années 1970, Alcatel avait pourtant reçu clés en main plusieurs innovations radicales, dont le premier commutateur numérique de télécommunication conçu dans le monde, mises au point dans le laboratoire de France-Télécoms (le CNET) .

L’«effet de ciseaux» provoqué par la stratégie d’internationalisation des grands groupes

A partir des années 1990-2000, les groupes industriels français ont fortement internationalisé leurs activités mais contrairement aux groupes allemands, ils l’ont fait en fermant des sites de production sur le territoire national. En 2017, les grands groupes français employaient en France 605 000 salariés de moins qu’en 2013, soit une chute de 12% de leurs effectifs7. Ils ont en revanche rapatrié de plus en plus de dividendes de l’étranger, ce qui ravit leurs actionnaires. Les comparaisons internationales montrent d’ailleurs que les groupes français étaient en 2019, les champions européens du versement des dividendes aux actionnaires (60 milliards d’euros distribués). Ainsi, la stratégie d’internationalisation des grands groupes français se traduit par un «effet de ciseaux» qui s’ouvrent de plus en plus (figure 2). Elle crée un écart croissant entre l’emploi et la production manufacturière qui se détériorent et le versement des dividendes qui prospère8.

 

Figure 2 : Evolution des dividendes rapatriés par les groupes industriels français et du solde de la balance commerciale (milliards d’euros)

Source : auteur, à partir des données de la Banque de France et des Douanes

 

L’armement, priorité industrielle

Une autre dimension du «capitalisme à la française» est nécessaire pour comprendre l’incapacité actuelle à produire des biens essentiels, dont certains s’avèrent vitaux aujourd’hui. Depuis les années 1960, la politique industrielle de la France a été surdéterminée par des objectifs militaires9. Le lancement de grands programmes nucléaires, aéronautiques et spatiaux s’explique par les considérations stratégiques qui n’ont pas changé, quelles que soient les alternances politiques. La polarisation sur ces industries a même augmenté dans la fin des années 2000.

En 2016, les entreprises de défense réalisaient 21% des exportations totales de la France dont l’essentiel est réalisé par à peine une dizaine de grands groupes. Les entreprises de défense captent une partie importante des crédits publics de recherche-développement grâce aux grands programmes d’armement mais aussi au très prodigue crédit d’impôt-recherche (CIR). Les entreprises de défense reçoivent chaque année plus de 1 milliard d’euros au titre du CIR, à comparer avec les 500 millions promis le 20 mars 2020 aux chercheurs par E. Macron. Cette maigre enveloppe permettra peut-être de fournir un financement à l’équipe de chercheurs du CNRS d’Aix-Marseille dont on a progressivement coupé les crédits de recherche fondamentale…. sur le Coronavirus10.

Produire des armes est le résultat de décisions politiques, et celles-ci-ci se lisent dans les choix budgétaires des gouvernements français. Entre 2007 et 2017, les dépenses de sécurité/police (+39,4%) et de défense (+31,5%) ont augmenté à un rythme nettement supérieur aux dépenses à finalité sociale. Par exemple, elles ont été deux fois plus rapides que celle des dépenses d’enseignement (+16,1%). Au cours de la même période, les dépenses de l’Etat destinées aux logements et équipements collectifs ont baissé en valeur absolue.

Produire et vendre des armes sont le résultat de décisions géopolitiques. Pendant que l’industrie civile française perd pied dans la concurrence internationale, les exportations d’armes guident la diplomatie du pays. Selon les données fournies par les Douanes, elles sont passées de 4,117 milliards d’euros en 2011, à 7,666 milliards d’euros en 2019, soit une augmentation de 86%. Cependant, le commerce des armes n’a rien à voir avec la compétition sur les marchés civils. Le quasi-doublement des ventes d’armes par la France aurait été impossible sans les choix budgétaires et de politique industrielle effectués depuis des décennies. Dans le contexte de dégradation géopolitique mondiale, le boom des ventes d’armes aurait également été impossible sans l’intensification des interventions militaires de la France en Lybie (2011), au Mali puis au Sahel (2013) ainsi qu’au Moyen-Orient. En réalité, la France est avec les Etats-Unis le pays développé dans lequel l’interaction entre l’influence économique et la puissance militaire est la plus forte, avec évidemment le fait que les deux pays ne concourent pas dans la même catégorie.

L’Etat d’urgence contre qui ?

Il y a un an, William Bourdon, ancien secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et Vincent Brenghart, tous les deux avocats, dénonçaient dans une tribune libre la fuite en avant sécuritaire du gouvernement face au mouvement des gilets jaunes. Ils concluaient que «la militarisation de l’ordre public est en marche»11. La situation actuelle leur donne raison. «Nous sommes en guerre contre un ennemi invisible» a déclaré E. Macron et l’armée est déployée sur le territoire national (opération «résilience»). Décidément, l’armée est plus que jamais chez elle dans la Ve République12.

Au nom de l’état d’urgence sanitaire, le président de la République et le gouvernement ont fait adopter un ensemble de mesures qui remettent gravement en cause les libertés publiques et les droits des salariés. Comme pour les précédents «états d’urgence» instaurés entre 2013 et 2017, le danger est que les mesures inscrites dans l’«état d’urgence sanitaire» soient utilisées le “jour d’après”.

Nul n’ignore en effet que le confinement n’est pas subi de la même façon selon la position sociale, le lieu et les conditions d’habitation. Après les mobilisations des gilets jaunes et pour la défense des retraites, d’autres couches de la société s’assembleront pour dire «Plus jamais ça!»13. Au risque qu’ils rappellent au gouvernement l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789): «Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune». Et même, cauchemar des gouvernements, qu’ils s’inspirent de l’énergie sociale qu’il a alors fallu au peuple pour imposer ce principe. (Article transmis par Claude Serfati en date du 1er avril 2020)

Claude Serfati, économiste, chercheur auprès de l’IRES, est l’auteur, entre autres, de L’industrie française de défense, (Ed. La Documentation française, 2014) et Le Militaire: une histoire française (Ed. Amsterdam, 2017)

Claude Serfati

Lire la suite Lire la suite

Les choix industriels amplifient la catastrophe sociale. Contribution au débat pour le «plus jamais ça»  Voir ?

Publié par Alencontre. Le choc mondial actuel se transformera en crise économique d’autant plus profonde – peut-être comparable dans son ampleur à celle de 1929 – que l’économie mondiale n’était pas vraiment sortie de la crise de 2008 (si on excepte la prospérité des marchés financiers). Cependant, cette crise mondiale prend des formes diversifiées selon les pays.

En France, la crise survient dans un contexte d’offensive budgétaire du gouvernement contre les hôpitaux et les soignants. La défaillance du gouvernement dans ce domaine est connue et dénoncée. Les défaillances industrielles en termes d’équipements médicaux vitaux (ventilateurs, test de diagnostics, masques,…) ont été brutalement révélées. Pour tenter de cacher son impéritie, le gouvernement a tenu des discours contradictoires sur la nécessité ou non de masques et de tests. Les défaillances industrielles ne s’arrêtent pas au médical, elles concernent de nombreux secteurs essentiels. Cet article fournit un éclairage sur les causes de cette situation.

Une catastrophe sociale

Fin 2018, le groupe multinational américain Honeywell fermait son unité de production industrielle située en région Bretagne pour la délocaliser en Tunisie, licenciant en même temps 38 salarié·e·s. Sa production était de 200 millions de masques par an, soit près de 20 millions par mois, fabriqués sur des machines ultra-modernes pouvant produire chacune 4000 masques à l’heure. C’est le constat fait dans un communiqué de l’Union syndicale Solidaires (Côtes d’Armor)1.

Cette catastrophe sociale vient sur le devant de la scène en raison de l’épidémie de coronavirus. Elle n’est toutefois qu’un maillon dans la longue chaîne des liquidations d’entreprises qui produisent en France des biens vitaux. Dans l’industrie médicale, les fermetures d’usine et les relocalisations d’activités à l’étranger ont eu pour conséquence un accroissement gigantesque du déficit commercial (exportations moins importations) du secteur ‘Instruments à usage médical, optique et dentaire’ (figure 1).

 

Figure 1 : Evolution du solde commercial des instruments à usage médical, optique et dentaire


Sources : auteur, données Douanes

 

A titre d’illustration de ces défaillances industrielles, on peut rappeler que dans les années 1980, la Compagnie Générale de Radiologie (CGR), filiale de Thomson-CSF (aujourd’hui Thales), était en position de quasi-monopole mondial dans l’imagerie médicale. Nul besoin d’être énarque, comme l’était son PDG, Alain Gomez, pour comprendre que la croissance des prescriptions d’examens médicaux fondés sur ces technologies serait importante. Mais Thomson-CSF était un des grands groupes de l’armement, et c’est dans l’armement que les rentes de situation pour le groupe étaient garanties. La CGR fut donc vendue au groupe américain GE (General Electric).

Le résultat est là. En 2019, la France importait 75% des appareils de diagnostic par visualisation à résonance magnétique des Etats-Unis et le solde commercial de ce type de biens est déficitaire, comme le sont d’autres instruments médicaux de diagnostic, par exemple aujourd’hui les tests de diagnostic du Covid-19.

Les élites capitalo-fonctionnaires

Le secteur des instruments médicaux n’est pas le seul à accumuler les déficits. En fait, depuis les années 2000, la plupart des secteurs industriels sont dans la même situation. Résultat: le déficit de la balance des biens manufacturiers ne cesse de se creuser (figure 2). Même l’industrie automobile, un point fort traditionnel, affichait en 2019 un déficit de 15 milliards d’euros, alors que son excédent était de 11 milliards en 2000. Et pas d’excuse sur le coût du travail: en 2019, le déficit de nos échanges avec les pays de la zone euro était plus important que celui enregistré avec toute la zone Asie.

Le désintérêt pour l’industrie manufacturière est l’aboutissement de dizaines d’années d’actions concertées des gouvernements et des dirigeants de grands groupes industriels français. Leur complicité est d’autant plus grande qu’ils sont formés dans les mêmes grandes écoles (Polytechnique, ENA). Ils passent sans aucun souci de postes de haut-fonctionnaires au sein de l’appareil d’Etat à la direction des grands groupes industriels et bancaires et, dès que l’opportunité politique se présente, ils retournent dans l’appareil d’Etat. Le capitalisme de connivence, d’endogamie et de conflits d’intérêts2 est bien installé en France. Sur l’ensemble des directeurs généraux et présidents français du conseil d’administration qui dirigent aujourd’hui les groupes du CAC 40, près de la moitié a également travaillé dans les grandes institutions de l’Etat3.

Face ils gagnent, pile les salariés perdent

Installés à la direction des grands groupes, ces capitalo-fonctionnaires expliquent aux salariés que les contraintes de la ‘mondialisation’ justifient les fermetures de sites. Lorsqu’ils sont aux commandes de l’Etat, ils expliquent que l’Etat ne peut rien contre ces contraintes. Ils refusent même fréquemment de répondre aux salariés, tels que ceux d’Honeywell ou encore ceux de Luxfer [à Gerzat, banlieue nord de Clermont-Ferrand] la seule entreprise française qui produisait des bouteilles d’oxygène médical, fermée par ses propriétaires en novembre 2018 et dont les salariés demandent la nationalisation. Ils refusent de répondre aux personnels de santé, qui depuis des années, dénoncent la catastrophe humanitaire dans les hôpitaux.

Pile, les salariés perdent, face les capitalo-fonctionnaires gagnent, telle l’actuelle ministre du Travail, M. Pénicaud, qui, bien que non-énarque, a réalisé 1,13 million d’euros de plus-value sur les stock-options en tant que Directrice générale des ressources humaines chez Danone, au moment où le groupe supprimait 900 emplois de cadres, dont 230 en France4. Ces gigantesques revenus sont justifiés, nous dit-on, car ce sont les «premiers de cordée», traduction présidentielle de la théorie économique dominante. Celle-ci nous enseigne que les individus sont rémunérés en fonction de leur productivité (marginale, pour les spécialistes), c’est-à-dire en fonction de leur contribution à la création de richesses. Ceux qui captent des revenus démesurés sont donc démesurément utiles à la société. Les soignants, enseignants, cheminots, routiers et les caissières, livreurs et tous les «invisibles» (pour les éditocrates des plateaux TV) savent donc pourquoi ils sont mal payés.

Les capitalo-fonctionnaires sont parfois appelés par complaisance «capitaines d’industrie» alors qu’ils n’ont rien à voir avec les entrepreneurs «héroïques» imaginés par l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950). Leur stratégie industrielle a été résumée par Serge Tchuruk d’Alcatel le 26 juin 2001, dans une réunion organisée par le Wall Street Journal pour les investisseurs financiers: «Nous souhaitons être très bientôt une entreprise sans usine»5. Résultat: entre 2000 et 2005, les effectifs mondiaux d’Alcatel ont été divisés par deux, passant de 113’400 à 57’700. Le naufrage a continué jusqu’à la disparition d’un groupe qui figurait parmi les «fleurons industriels nationaux»6. Au début des années 1970, Alcatel avait pourtant reçu clés en main plusieurs innovations radicales, dont le premier commutateur numérique de télécommunication conçu dans le monde, mises au point dans le laboratoire de France-Télécoms (le CNET) .

L’«effet de ciseaux» provoqué par la stratégie d’internationalisation des grands groupes

A partir des années 1990-2000, les groupes industriels français ont fortement internationalisé leurs activités mais contrairement aux groupes allemands, ils l’ont fait en fermant des sites de production sur le territoire national. En 2017, les grands groupes français employaient en France 605 000 salariés de moins qu’en 2013, soit une chute de 12% de leurs effectifs7. Ils ont en revanche rapatrié de plus en plus de dividendes de l’étranger, ce qui ravit leurs actionnaires. Les comparaisons internationales montrent d’ailleurs que les groupes français étaient en 2019, les champions européens du versement des dividendes aux actionnaires (60 milliards d’euros distribués). Ainsi, la stratégie d’internationalisation des grands groupes français se traduit par un «effet de ciseaux» qui s’ouvrent de plus en plus (figure 2). Elle crée un écart croissant entre l’emploi et la production manufacturière qui se détériorent et le versement des dividendes qui prospère8.

 

Figure 2 : Evolution des dividendes rapatriés par les groupes industriels français et du solde de la balance commerciale (milliards d’euros)

Source : auteur, à partir des données de la Banque de France et des Douanes

 

L’armement, priorité industrielle

Une autre dimension du «capitalisme à la française» est nécessaire pour comprendre l’incapacité actuelle à produire des biens essentiels, dont certains s’avèrent vitaux aujourd’hui. Depuis les années 1960, la politique industrielle de la France a été surdéterminée par des objectifs militaires9. Le lancement de grands programmes nucléaires, aéronautiques et spatiaux s’explique par les considérations stratégiques qui n’ont pas changé, quelles que soient les alternances politiques. La polarisation sur ces industries a même augmenté dans la fin des années 2000.

En 2016, les entreprises de défense réalisaient 21% des exportations totales de la France dont l’essentiel est réalisé par à peine une dizaine de grands groupes. Les entreprises de défense captent une partie importante des crédits publics de recherche-développement grâce aux grands programmes d’armement mais aussi au très prodigue crédit d’impôt-recherche (CIR). Les entreprises de défense reçoivent chaque année plus de 1 milliard d’euros au titre du CIR, à comparer avec les 500 millions promis le 20 mars 2020 aux chercheurs par E. Macron. Cette maigre enveloppe permettra peut-être de fournir un financement à l’équipe de chercheurs du CNRS d’Aix-Marseille dont on a progressivement coupé les crédits de recherche fondamentale…. sur le Coronavirus10.

Produire des armes est le résultat de décisions politiques, et celles-ci-ci se lisent dans les choix budgétaires des gouvernements français. Entre 2007 et 2017, les dépenses de sécurité/police (+39,4%) et de défense (+31,5%) ont augmenté à un rythme nettement supérieur aux dépenses à finalité sociale. Par exemple, elles ont été deux fois plus rapides que celle des dépenses d’enseignement (+16,1%). Au cours de la même période, les dépenses de l’Etat destinées aux logements et équipements collectifs ont baissé en valeur absolue.

Produire et vendre des armes sont le résultat de décisions géopolitiques. Pendant que l’industrie civile française perd pied dans la concurrence internationale, les exportations d’armes guident la diplomatie du pays. Selon les données fournies par les Douanes, elles sont passées de 4,117 milliards d’euros en 2011, à 7,666 milliards d’euros en 2019, soit une augmentation de 86%. Cependant, le commerce des armes n’a rien à voir avec la compétition sur les marchés civils. Le quasi-doublement des ventes d’armes par la France aurait été impossible sans les choix budgétaires et de politique industrielle effectués depuis des décennies. Dans le contexte de dégradation géopolitique mondiale, le boom des ventes d’armes aurait également été impossible sans l’intensification des interventions militaires de la France en Lybie (2011), au Mali puis au Sahel (2013) ainsi qu’au Moyen-Orient. En réalité, la France est avec les Etats-Unis le pays développé dans lequel l’interaction entre l’influence économique et la puissance militaire est la plus forte, avec évidemment le fait que les deux pays ne concourent pas dans la même catégorie.

L’Etat d’urgence contre qui ?

Il y a un an, William Bourdon, ancien secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et Vincent Brenghart, tous les deux avocats, dénonçaient dans une tribune libre la fuite en avant sécuritaire du gouvernement face au mouvement des gilets jaunes. Ils concluaient que «la militarisation de l’ordre public est en marche»11. La situation actuelle leur donne raison. «Nous sommes en guerre contre un ennemi invisible» a déclaré E. Macron et l’armée est déployée sur le territoire national (opération «résilience»). Décidément, l’armée est plus que jamais chez elle dans la Ve République12.

Au nom de l’état d’urgence sanitaire, le président de la République et le gouvernement ont fait adopter un ensemble de mesures qui remettent gravement en cause les libertés publiques et les droits des salariés. Comme pour les précédents «états d’urgence» instaurés entre 2013 et 2017, le danger est que les mesures inscrites dans l’«état d’urgence sanitaire» soient utilisées le “jour d’après”.

Nul n’ignore en effet que le confinement n’est pas subi de la même façon selon la position sociale, le lieu et les conditions d’habitation. Après les mobilisations des gilets jaunes et pour la défense des retraites, d’autres couches de la société s’assembleront pour dire «Plus jamais ça!»13. Au risque qu’ils rappellent au gouvernement l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789): «Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune». Et même, cauchemar des gouvernements, qu’ils s’inspirent de l’énergie sociale qu’il a alors fallu au peuple pour imposer ce principe. (Article transmis par Claude Serfati en date du 1er avril 2020)

Claude Serfati, économiste, chercheur auprès de l’IRES, est l’auteur, entre autres, de L’industrie française de défense, (Ed. La Documentation française, 2014) et Le Militaire: une histoire française (Ed. Amsterdam, 2017)

Claude Serfati

Fermer Fermer

(04/04/2020 11h23)

Éducation nationale : augmentation des salaires !  Voir ?

Les E3C, cela n’a pas été seulement du travail en plus quasiment non payé (0,86 cent la copie…) et imposé par la hiérarchie coûte que coûte, voire en réprimant (25 lycéenEs au moins en garde à vue pour des blocus en Île-de-France, 9 enseignantEs menacés de sanctions en Gironde…).

Cela a été une baisse de salaire venue s’ajouter à la non-augmentation du point d’indice quasiment bloqué depuis 2010. Nous nous battons car nous sommes aussi attaqués par la réforme des retraites qui va se traduire par une chute des pensions des enseignants d’au moins 30%.

Pour faire semblant de proposer quelque chose face à notre mobilisation, Blanquer a annoncé en janvier une enveloppe de 10 milliards jusqu’en 2037. Il faudrait au moins 12 milliards pour compenser la baisse de 30% des pensions des profs avec la retraite à points, c’est-à-dire une augmentation de nos salaires de 1000 à 1500 euros par mois ! Mais finalement, la fameuse enveloppe, sans augmentation du point d’indice ni modification des grilles salariales, s’est réduite à 200 millions sur le budget 2021 en février.

La moitié serait consacrée à une augmentation sous forme de « prime d’attractivité » autour de 4 scénarios. Le premier scénario prévoit de verser une prime aux échelons 2 à 5 allant de 157 à 64 euros nets par mois, de façon dégressive, de l’échelon 2 au 5e. Cela concernerait seulement 14% des enseignantEs. Au-delà de l’échelon 5, il n’y aurait rien. Le scénario 2 prévoit d’attribuer la prime aux échelons 2 à 6, soit 23% des enseignantEs, en diminuant son montant de 128 à 49,80 euros nets par mois. Le scénario 3 envisage de verser la prime de l’échelon 2 au 8e échelon en la faisant passer de 114 euros (échelon 2) à 14.25 euros (échelon 8). Cela toucherait 44% des enseignantEs. Enfin, le scénario 4 concerne 76% des enseignantEs mais toujours dans la même enveloppe budgétaire. TouTEs les enseignantEs de la classe normale (76% des enseignantEs) auraient une prime allant de 92 euros nets par mois à l’échelon 2 à 14,25 euros par mois pour les échelons 8 à 11.

Le reste servirait à financer des heures prises en cas de remplacement de courte durée et de formation… durant les vacances scolaires. C’est-à-dire qu’en fait, ce semblant de « revalorisation » a comme contrepartie, des remplacements et des formations durant les congés rendus obligatoires. Tout cela a pour objectif une casse des statuts permettant, entre autres, une annualisation du temps de travail et un alourdissement des charges de travail. Il n’y a rien à négocier par les syndicats, pas plus dans ce cadre que dans les comités de « suivis des réformes ».

Ils ne veulent tellement rien céder que le ministère a été jusqu’à prélever une retenue sur salaire aux collègues en grève le jour des obsèques de la directrice Christine Renon… Il ne faut aucun salaire en dessous de 1800 euros dans l’Éducation comme ailleurs. Après le confinement, nous continuerons la lutte pour nos salaires, contre la casse des retraites, les suppressions de postes qui s’annoncent et en général, pour ne pas payer la crise des capitalistes.

Correspondant.e.s

Lire la suite Lire la suite

Éducation nationale : augmentation des salaires !  Voir ?

Les E3C, cela n’a pas été seulement du travail en plus quasiment non payé (0,86 cent la copie…) et imposé par la hiérarchie coûte que coûte, voire en réprimant (25 lycéenEs au moins en garde à vue pour des blocus en Île-de-France, 9 enseignantEs menacés de sanctions en Gironde…).

Cela a été une baisse de salaire venue s’ajouter à la non-augmentation du point d’indice quasiment bloqué depuis 2010. Nous nous battons car nous sommes aussi attaqués par la réforme des retraites qui va se traduire par une chute des pensions des enseignants d’au moins 30%.

Pour faire semblant de proposer quelque chose face à notre mobilisation, Blanquer a annoncé en janvier une enveloppe de 10 milliards jusqu’en 2037. Il faudrait au moins 12 milliards pour compenser la baisse de 30% des pensions des profs avec la retraite à points, c’est-à-dire une augmentation de nos salaires de 1000 à 1500 euros par mois ! Mais finalement, la fameuse enveloppe, sans augmentation du point d’indice ni modification des grilles salariales, s’est réduite à 200 millions sur le budget 2021 en février.

La moitié serait consacrée à une augmentation sous forme de « prime d’attractivité » autour de 4 scénarios. Le premier scénario prévoit de verser une prime aux échelons 2 à 5 allant de 157 à 64 euros nets par mois, de façon dégressive, de l’échelon 2 au 5e. Cela concernerait seulement 14% des enseignantEs. Au-delà de l’échelon 5, il n’y aurait rien. Le scénario 2 prévoit d’attribuer la prime aux échelons 2 à 6, soit 23% des enseignantEs, en diminuant son montant de 128 à 49,80 euros nets par mois. Le scénario 3 envisage de verser la prime de l’échelon 2 au 8e échelon en la faisant passer de 114 euros (échelon 2) à 14.25 euros (échelon 8). Cela toucherait 44% des enseignantEs. Enfin, le scénario 4 concerne 76% des enseignantEs mais toujours dans la même enveloppe budgétaire. TouTEs les enseignantEs de la classe normale (76% des enseignantEs) auraient une prime allant de 92 euros nets par mois à l’échelon 2 à 14,25 euros par mois pour les échelons 8 à 11.

Le reste servirait à financer des heures prises en cas de remplacement de courte durée et de formation… durant les vacances scolaires. C’est-à-dire qu’en fait, ce semblant de « revalorisation » a comme contrepartie, des remplacements et des formations durant les congés rendus obligatoires. Tout cela a pour objectif une casse des statuts permettant, entre autres, une annualisation du temps de travail et un alourdissement des charges de travail. Il n’y a rien à négocier par les syndicats, pas plus dans ce cadre que dans les comités de « suivis des réformes ».

Ils ne veulent tellement rien céder que le ministère a été jusqu’à prélever une retenue sur salaire aux collègues en grève le jour des obsèques de la directrice Christine Renon… Il ne faut aucun salaire en dessous de 1800 euros dans l’Éducation comme ailleurs. Après le confinement, nous continuerons la lutte pour nos salaires, contre la casse des retraites, les suppressions de postes qui s’annoncent et en général, pour ne pas payer la crise des capitalistes.

Correspondant.e.s

Fermer Fermer

(03/04/2020 16h20)

Incompétence et improvisation dans l’accueil des enfants des soignants : danger pour tout le monde  Voir ?

La DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire) vient d’annoncer de nouvelles directives adressées aux écoles : l’élargissement de l’accueil des enfants de nouveaux personnels «affectés aux missions d’aide sociale à l’enfance», recouvrant les assistant-es de service social, techniciens d’intervention sociale et familiale (TISF), médecins, infirmières, puéricultrices, sages-femmes et psychologues.

Les enfants des personnels de soignants, accueillis dans les écoles depuis leur fermeture représentent un effectif très réduit, qui va donc être augmenté dans les jours qui viennent, y compris le week-end, en mobilisant entre autre les AESH «bénévolement». Les enseignants volontaires se relaient à deux par jour ou un par demi-journée dans des conditions dont le ministère n’a que faire. Les consignes données relèvent d’une vaste plaisanterie : «maximum de 8 enfants par classe en maintenant les gestes barrières, distance à 1m, lavage de mains 3 fois dans l’heure, y compris les élèves, nettoyage des poignées de porte et des surfaces de travail, éternuements dans la manche…». Comment respecter cela quand les enseignant-es n’ont pas de masques, pour la plupart pas de matériel pour faire respecter des mesures d’hygiène qui ne peuvent de toute façon être appliquées ? Faire laver les mains aux enfants de maternelle trois fois par heure ? Les maintenir éloignés de leur maîtresse de plus d’un mètre tout en assurant leur soin, bobos à soigner, matériel à distribuer, couchage, etc ?

L’accueil des enfants de soignants est une nécessité et de nombreux collègues se portent volontaires. Mais les conditions d’accueil sont inacceptables, tant pour la protection des personnels enseignants que des soignants eux-mêmes. Comme pour la soi-disant «continuité pédagogique», les personnels doivent se débrouiller seuls, inventer, trouver eux-mêmes des solutions entre inquiétude et colère ! Des solutions qui doivent être élaborées collectivement, entre intervenant-es concerné-es…

Correspondant.e.s

Lire la suite Lire la suite

Incompétence et improvisation dans l’accueil des enfants des soignants : danger pour tout le monde  Voir ?

La DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire) vient d’annoncer de nouvelles directives adressées aux écoles : l’élargissement de l’accueil des enfants de nouveaux personnels «affectés aux missions d’aide sociale à l’enfance», recouvrant les assistant-es de service social, techniciens d’intervention sociale et familiale (TISF), médecins, infirmières, puéricultrices, sages-femmes et psychologues.

Les enfants des personnels de soignants, accueillis dans les écoles depuis leur fermeture représentent un effectif très réduit, qui va donc être augmenté dans les jours qui viennent, y compris le week-end, en mobilisant entre autre les AESH «bénévolement». Les enseignants volontaires se relaient à deux par jour ou un par demi-journée dans des conditions dont le ministère n’a que faire. Les consignes données relèvent d’une vaste plaisanterie : «maximum de 8 enfants par classe en maintenant les gestes barrières, distance à 1m, lavage de mains 3 fois dans l’heure, y compris les élèves, nettoyage des poignées de porte et des surfaces de travail, éternuements dans la manche…». Comment respecter cela quand les enseignant-es n’ont pas de masques, pour la plupart pas de matériel pour faire respecter des mesures d’hygiène qui ne peuvent de toute façon être appliquées ? Faire laver les mains aux enfants de maternelle trois fois par heure ? Les maintenir éloignés de leur maîtresse de plus d’un mètre tout en assurant leur soin, bobos à soigner, matériel à distribuer, couchage, etc ?

L’accueil des enfants de soignants est une nécessité et de nombreux collègues se portent volontaires. Mais les conditions d’accueil sont inacceptables, tant pour la protection des personnels enseignants que des soignants eux-mêmes. Comme pour la soi-disant «continuité pédagogique», les personnels doivent se débrouiller seuls, inventer, trouver eux-mêmes des solutions entre inquiétude et colère ! Des solutions qui doivent être élaborées collectivement, entre intervenant-es concerné-es…

Correspondant.e.s

Fermer Fermer

(03/04/2020 16h08)

Prestations sociales : La Poste doit assurer ses missions d’accessibilité bancaire (tribune)  Voir ?

À Saint-Denis, Villetaneuse, Épinay-sur-Seine et l'Île-Saint-Denis, il ne reste qu'un bureau de poste ouvert pour 190 000 habitants. Cette situation, que l'on retrouve dans d'autres villes de banlieue et du nord de Paris, place des centaines de milliers de foyers dans une situation tendue. Des élus et des responsables syndicaux appellent à ne pas ajouter à la crise sanitaire une crise sociale. Tribune.

En pleine crise sanitaire, de nombreux habitants, notamment de quartiers populaires, font face à des problèmes d’accessibilité bancaire, principalement avec La Poste qui est le premier guichet des prestations sociales en France. A ce problème s’ajoute le fait que l’immense majorité des distributeurs automatiques de billets (DAB) ne sont plus alimentés.

Cette situation nous a été signalée dans le nord de Paris, à Saint-Denis, Gennevilliers, Stains…

Dans ces quartiers, de nombreuses familles n’ont qu’une carte de retrait La Poste ou sur Livret A. Elles ne peuvent plus avoir accès à leur argent afin de faire face à leurs besoins essentiels.

À l’approche du versement des minimas sociaux, nous craignons que cette situation, si elle venait à durer, n’attise les tensions.

Aussi, nous demandons :

  • que l’alimentation des DAB de La Poste soit assurée pendant toute la crise sanitaire
  • d’augmenter le plafond de retrait sur les cartes de Livret A afin d’éviter une congestion des bureaux, distributeurs, et ainsi permettre aux personnes de faire face à leurs dépenses

La Poste doit garantir à tous les agents, déjà très sollicités en cette période, des conditions de travail optimales au vu des préconisations sanitaires en cours (gel, gants, masques, écrans de protection…).

Nous souhaitons également que soit mis en place un moratoire pour le paiement des factures et loyers, notamment dans l’habitat social.

Par ailleurs, toutes les aides attendues doivent être versées en temps et en heure (CAF, RSA, minimum vieillesse) afin que personne ne se retrouve face à une crise sociale en plus de la crise sanitaire que nous traversons.

  • Olivier Besancenot, membre du NPA, postier
  • Éric Coquerel, député (LFI) de Seine-Saint-Denis
  • Patrice Leclerc, maire (PCF) de Gennevilliers
  • Yann Lemerrer et Stéphane Charnacé, secrétaires fédéraux Sud PTT 92
  • Thierry Lagoutte, Eddy Talbot et Nicolas Galepides, secrétaires fédéraux SUD PTT 93
  • Madjid Messaoudene, élu (Rêve insoumis) de Saint-Denis en charge des services publics
  • Danièle Obono, députée (LFI) de Paris
  • Stéphane Peu, député (PCF) de Seine-Saint-Denis
  • Laurent Russier, maire (PCF) de Saint-Denis
  • Azzédine Taibi, maire (PCF) de Stains

Source : le Bondy Blog

Tribune unitaire

Lire la suite Lire la suite

Prestations sociales : La Poste doit assurer ses missions d’accessibilité bancaire (tribune)  Voir ?

À Saint-Denis, Villetaneuse, Épinay-sur-Seine et l'Île-Saint-Denis, il ne reste qu'un bureau de poste ouvert pour 190 000 habitants. Cette situation, que l'on retrouve dans d'autres villes de banlieue et du nord de Paris, place des centaines de milliers de foyers dans une situation tendue. Des élus et des responsables syndicaux appellent à ne pas ajouter à la crise sanitaire une crise sociale. Tribune.

En pleine crise sanitaire, de nombreux habitants, notamment de quartiers populaires, font face à des problèmes d’accessibilité bancaire, principalement avec La Poste qui est le premier guichet des prestations sociales en France. A ce problème s’ajoute le fait que l’immense majorité des distributeurs automatiques de billets (DAB) ne sont plus alimentés.

Cette situation nous a été signalée dans le nord de Paris, à Saint-Denis, Gennevilliers, Stains…

Dans ces quartiers, de nombreuses familles n’ont qu’une carte de retrait La Poste ou sur Livret A. Elles ne peuvent plus avoir accès à leur argent afin de faire face à leurs besoins essentiels.

À l’approche du versement des minimas sociaux, nous craignons que cette situation, si elle venait à durer, n’attise les tensions.

Aussi, nous demandons :

  • que l’alimentation des DAB de La Poste soit assurée pendant toute la crise sanitaire
  • d’augmenter le plafond de retrait sur les cartes de Livret A afin d’éviter une congestion des bureaux, distributeurs, et ainsi permettre aux personnes de faire face à leurs dépenses

La Poste doit garantir à tous les agents, déjà très sollicités en cette période, des conditions de travail optimales au vu des préconisations sanitaires en cours (gel, gants, masques, écrans de protection…).

Nous souhaitons également que soit mis en place un moratoire pour le paiement des factures et loyers, notamment dans l’habitat social.

Par ailleurs, toutes les aides attendues doivent être versées en temps et en heure (CAF, RSA, minimum vieillesse) afin que personne ne se retrouve face à une crise sociale en plus de la crise sanitaire que nous traversons.

  • Olivier Besancenot, membre du NPA, postier
  • Éric Coquerel, député (LFI) de Seine-Saint-Denis
  • Patrice Leclerc, maire (PCF) de Gennevilliers
  • Yann Lemerrer et Stéphane Charnacé, secrétaires fédéraux Sud PTT 92
  • Thierry Lagoutte, Eddy Talbot et Nicolas Galepides, secrétaires fédéraux SUD PTT 93
  • Madjid Messaoudene, élu (Rêve insoumis) de Saint-Denis en charge des services publics
  • Danièle Obono, députée (LFI) de Paris
  • Stéphane Peu, député (PCF) de Seine-Saint-Denis
  • Laurent Russier, maire (PCF) de Saint-Denis
  • Azzédine Taibi, maire (PCF) de Stains

Source : le Bondy Blog

Tribune unitaire

Fermer Fermer

(03/04/2020 15h52)

La SNCF veut voler cinq jours de repos à touTEs les cheminotEs  Voir ?

Dans une note de communication interne appelée « Temps réel », envoyée le 1er avril, qui sonne comme une mauvaise blague, la SNCF annonce que cinq jours de repos devront être pris par touTEs les cheminotEs pendant le confinement au nom de « l’effort de solidarité demandé par le gouvernement ». 

Plus précisément, les cheminotEs sont « invités » à poser 5 jours de repos avant le 10 avril pour la période du 16 au 30 avril. Si ils et elles ne le font pas, ils et elles y seront mis d’office.

Nos repos ne sont pas un cadeau de l’entreprise

Toujours prête à collaborer avec le gouvernement, la direction du groupe prend de l’avance et souhaite ainsi mettre en place une des mesures de la loi d’urgence sanitaire adoptée par le Parlement le 22 février 2020, permettant aux entreprises d’imposer aux salariéEs de poser des congés et des RTT pendant la période de confinement. Cependant, étant donné qu’il n’y a pas d’accord d’entreprise, la SNCF ne peut pas voler des congés, mais des RN, RU, RQ, RM et CET compte courant1 – soit les jours acquis en compensation des contraintes imposées par la production ferroviaire et la continuité du Service Public (horaires décalés, atypique, travail de nuit, dimanches et fêtes, mobilité, etc.). Il est facile d’imaginer que le groupe n’a pas voulu se concerter avec des syndicats, dont la réponse aurait été très probablement négative face à cette directive scandaleuse. Tous ces repos ne sont pas un cadeau de l’entreprise aux salariéEs mais des jours gagnés à la sueur de nos fronts. Ce n’est en aucun cas aux salariéEs de payer le prix de la crise sanitaire : c’est la responsabilité du gouvernement, de par la casse des services publics, de par le mensonge d’État qu’il a entretenu pendant des mois, de par le refus de dépister massivement, si nous en sommes arrivés là.

TouTEs concernéEs

TouTEs les cheminotEs sont concerné.e.s, même celles et ceux qui œuvrent depuis le début du confinement à faire circuler les quelques trains qui n’ont pas été annulés et à garantir la sécurité des voyageurs. Même celles et ceux qui prennent tous les jours des risques pour elles et eux et leur entourage. Même celles et ceux en télétravail. Et même celles et ceux confinés, enfermés chez elles et eux.

Pour la SNCF, le confinement rimerait-il avec des vacances ? Faut-il rappeler que touTEs n’ont pas les mêmes conditions de vie que cette direction qui se hâte tant d’organiser ce vol à grande échelle ? Le casse du siècle. La période du confinement n’est pas une période de vacances : c’est un moment d’intense angoisse, qui laissera des dommages physiques et psychologiques, où nous devons prendre soin de nos proches, que ce soient nos enfants que nous devons faire travailler, que ce soient nos parents qui ne peuvent pas se déplacer. La SNCF devrait avoir honte d’imposer une telle politique quand nos proches sont malades, voire morts !

Une riposte à construire

Au contraire, la mise en place du chômage partiel et le maintien de la totalité du salaire des cheminotEs (sauf éléments variables de solde ou autres) sont présentés par la SNCF comme une faveur accordée par l’entreprise à ses salariéEs, demandant en contrepartie à celles et ceux-ci d’abandonner une partie des quelques jours de repos auxquels ils et elles ont le droit. Faut-il rappeler que la SNCF ne cotise pas à la caisse du chômage et est donc obligée de payer à 100% le salaire de touTEs ? Il ne s’agit en aucun cas d’une faveur.

Ce n’est pas à nous, cheminotEs, de payer cette crise économique et sanitaire. Il ne faut en aucun cas poser ces jours. Aujourd’hui, ils en demandent cinq. Si nous les laissons entrer dans ces brèches, au nom de « l’effort de guerre », qui sait ce qu’ils demanderont ensuite ? Les syndicats organisent une riposte, qui sera, nous l’espérons, à la hauteur de ce scandale. 

  • 1. RN = repos compensateur de nuit ; RU = repos qualifié de supplémentaire ; RQ = équivalent des RTT ; RM = repos du mécanicien ; CET = compte épargne temps.
Camille Garda

Lire la suite Lire la suite

La SNCF veut voler cinq jours de repos à touTEs les cheminotEs  Voir ?

Dans une note de communication interne appelée « Temps réel », envoyée le 1er avril, qui sonne comme une mauvaise blague, la SNCF annonce que cinq jours de repos devront être pris par touTEs les cheminotEs pendant le confinement au nom de « l’effort de solidarité demandé par le gouvernement ». 

Plus précisément, les cheminotEs sont « invités » à poser 5 jours de repos avant le 10 avril pour la période du 16 au 30 avril. Si ils et elles ne le font pas, ils et elles y seront mis d’office.

Nos repos ne sont pas un cadeau de l’entreprise

Toujours prête à collaborer avec le gouvernement, la direction du groupe prend de l’avance et souhaite ainsi mettre en place une des mesures de la loi d’urgence sanitaire adoptée par le Parlement le 22 février 2020, permettant aux entreprises d’imposer aux salariéEs de poser des congés et des RTT pendant la période de confinement. Cependant, étant donné qu’il n’y a pas d’accord d’entreprise, la SNCF ne peut pas voler des congés, mais des RN, RU, RQ, RM et CET compte courant1 – soit les jours acquis en compensation des contraintes imposées par la production ferroviaire et la continuité du Service Public (horaires décalés, atypique, travail de nuit, dimanches et fêtes, mobilité, etc.). Il est facile d’imaginer que le groupe n’a pas voulu se concerter avec des syndicats, dont la réponse aurait été très probablement négative face à cette directive scandaleuse. Tous ces repos ne sont pas un cadeau de l’entreprise aux salariéEs mais des jours gagnés à la sueur de nos fronts. Ce n’est en aucun cas aux salariéEs de payer le prix de la crise sanitaire : c’est la responsabilité du gouvernement, de par la casse des services publics, de par le mensonge d’État qu’il a entretenu pendant des mois, de par le refus de dépister massivement, si nous en sommes arrivés là.

TouTEs concernéEs

TouTEs les cheminotEs sont concerné.e.s, même celles et ceux qui œuvrent depuis le début du confinement à faire circuler les quelques trains qui n’ont pas été annulés et à garantir la sécurité des voyageurs. Même celles et ceux qui prennent tous les jours des risques pour elles et eux et leur entourage. Même celles et ceux en télétravail. Et même celles et ceux confinés, enfermés chez elles et eux.

Pour la SNCF, le confinement rimerait-il avec des vacances ? Faut-il rappeler que touTEs n’ont pas les mêmes conditions de vie que cette direction qui se hâte tant d’organiser ce vol à grande échelle ? Le casse du siècle. La période du confinement n’est pas une période de vacances : c’est un moment d’intense angoisse, qui laissera des dommages physiques et psychologiques, où nous devons prendre soin de nos proches, que ce soient nos enfants que nous devons faire travailler, que ce soient nos parents qui ne peuvent pas se déplacer. La SNCF devrait avoir honte d’imposer une telle politique quand nos proches sont malades, voire morts !

Une riposte à construire

Au contraire, la mise en place du chômage partiel et le maintien de la totalité du salaire des cheminotEs (sauf éléments variables de solde ou autres) sont présentés par la SNCF comme une faveur accordée par l’entreprise à ses salariéEs, demandant en contrepartie à celles et ceux-ci d’abandonner une partie des quelques jours de repos auxquels ils et elles ont le droit. Faut-il rappeler que la SNCF ne cotise pas à la caisse du chômage et est donc obligée de payer à 100% le salaire de touTEs ? Il ne s’agit en aucun cas d’une faveur.

Ce n’est pas à nous, cheminotEs, de payer cette crise économique et sanitaire. Il ne faut en aucun cas poser ces jours. Aujourd’hui, ils en demandent cinq. Si nous les laissons entrer dans ces brèches, au nom de « l’effort de guerre », qui sait ce qu’ils demanderont ensuite ? Les syndicats organisent une riposte, qui sera, nous l’espérons, à la hauteur de ce scandale. 

  • 1. RN = repos compensateur de nuit ; RU = repos qualifié de supplémentaire ; RQ = équivalent des RTT ; RM = repos du mécanicien ; CET = compte épargne temps.
Camille Garda

Fermer Fermer

(03/04/2020 15h25)

Sauver le capitalisme ou changer d’économie ? (tribune)  Voir ?

Comme en 2008, l'État va soutenir les sociétés de capitaux engagées dans une course effrénée à la valorisation. Il faut s’y opposer et réorienter l’économie en fonction des impératifs de la transition écologique.

La pandémie de Covid-19 a mis à l’arrêt de nombreuses entreprises ce qui laisse anticiper une récession significative. Gouvernements et institutions financières internationales n’ont plus qu’un mot d’ordre : sauver l’économie ! Mais de quelle économie parle-t-on ?

Le gouvernement souhaite-t-il réellement aider les entreprises, qui vont rencontrer de grandes difficultés économiques au cours des mois prochains, ou veut-il simplement sauver le patrimoine des actionnaires ? Pour ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé, il ne s’agit pas de sauver les entreprises ou d’accompagner les entrepreneurs mais de protéger les logiques financières qui ont conduit ces dernières années à dévaloriser le travail en le traitant comme un coût qu’il faut sans cesse réduire. Contrairement à une idée reçue, la référence n’est plus «l’entreprise» dans laquelle les collectifs de travail produisent les biens et/ou les services, mais la «société de capitaux», entité juridique derrière laquelle opèrent les actionnaires et les propriétaires des actions.

Ainsi, c’est le collectif de travail qui constitue l’entreprise. Sa finalité n’est pas de faire du profit mais de produire et vendre des biens et des services, de réaliser une valeur ajoutée. La société de capitaux est l’expression juridique la plus répandue de l’entreprise dans laquelle les actionnaires captent, sous forme de profit, une partie de la valeur ajoutée, ce qui n’est pas le cas chez les artisans et dans les Scop. Salaires et cotisations sociales sont un dû, et lorsque les actionnaires ne peuvent les honorer, le pouvoir doit revenir aux salarié·e·s pour la sauvegarde de l’entreprise.

C’est ce que l’Etat veut à tout prix éviter. Or ce n’est pas à l’État, c’est-à-dire aux citoyen·ne·s et contribuables, de se substituer aux sociétés dans le paiement des salaires et des cotisations sociales. En faisant cela, l’Etat épargne les sociétés qui, comme Amazon, profitent de la crise du moment. En période de baisse de la production, les salaires et cotisations sociales doivent être assurés collectivement par l’ensemble des entreprises et si elles ne le peuvent pas, les salarié·e·s doivent prendre le contrôle de celles-ci. L’intervention de l’Etat n’a pour objectif que de sauver le capitalisme et nullement l’économie réelle.

Éliminer les productions inutiles

Cette pandémie est aussi l’occasion de découvrir l’évidence. La chute de la production en Chine a provoqué une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 25% sur les deux premiers mois de l’année. Les Vénitiens sont stupéfaits de revoir des poissons dans des eaux devenues subitement claires. L’air est désormais moins asphyxiant dans nos villes.

Beaucoup se mettent à espérer que la sortie de la pandémie soit l’occasion de repenser nos modes de production et de vie, de conjurer le péril écologique qui menace notre humanité. D’autant que moins de production signifie plus de temps libre, plus de temps pour soi. Et si nous éliminions les productions inutiles ? Et si nous arrêtions les stratégies d’obsolescence programmée des entreprises ? Et si, plutôt que de recycler les emballages, source de nouvelles pollutions, nous nous engagions dans une démarche de zéro-déchets ? Et si, en ayant considérablement baissé le transport des marchandises, nous changions nos modes de transport individuels pour privilégier le rail au détriment de l’avion et de la voiture ? Ceci suppose de revenir sur les plans de privatisation du rail. Et si nous arrêtions de considérer le non-marchand comme une «charge» qui pèse sur la compétitivité des sociétés de capitaux, afin de disposer d’une santé publique à la hauteur d’une société humaine et digne ?

Tout ceci est possible et nécessite des débats citoyens ainsi que des plans massifs de reconversion professionnelle dans une logique qui ne laisse plus personne en situation d’exclusion économique. Ceci implique de reconnaître enfin les qualifications des individus. Mais cette nouvelle manière de voir est contradictoire avec le plan de relance qui est annoncé dont l’unique objectif est de redonner de la valeur aux sociétés de capitaux.

Vers un système financier socialisé ?

La sauvegarde de l’économie productive de biens et de services passe par la reprise en mains des entreprises par les salarié·e·s et le pouvoir donné aux usagers de déterminer ce qu’il faut produire. Nous ne pouvons plus laisser les forces du marché déterminer les investissements et les citoyen·ne·s doivent pouvoir déterminer les grandes orientations de l’économie par un système financier socialisé géré par elles et eux, comme l’a été le régime général de sécurité sociale de 1947 à 1967. L’exercice commun d’une telle démocratie économique suppose que nos vies soient libérées de l’aléa de marchés sur lesquels nous n’avons guère de prise. Alors que notre humanité est aujourd’hui à un tournant qui lui permet de sauver son existence, une partie de la gauche et de l’écologie politique reste silencieuse sur cette opportunité qui porte en elle ses aspirations : la sauvegarde de l’environnement et la disparition de l’exploitation du travail et de l’aliénation marchande.

Demander à l’État de payer pour « sauver l’économie », c’est tomber dans un piège. Comme en 2008, l’État va soutenir les sociétés de capitaux engagées dans une course effrénée à la valorisation. Une fois celles-ci renflouées par l’argent public, les affaires reprendront de plus belle selon la logique capitaliste d’austérité pour les travailleur·se·s, de casse des services publics et de fuite en avant dans une croissance indifférente aux besoins sociaux et écologiques. Les mesures décidées par Emmanuel Macron sont destinées à sauver les sociétés de capitaux. Il faut s’y opposer. Nous avons aujourd’hui une occasion unique de changer notre façon de vivre et de réorienter toute l’économie en fonction des impératifs de la transition écologique. Il faut sauver l’économie de la faillite du capitalisme, et non sauver l’économie capitaliste de la faillite.

Signataires : Tony Andréani philosophe ; Daniel Bachet sociologue ; Ludivine Bantigny historienne ; Benoît Borrits essayiste ; Cédric Caudron ingénieur ; Thomas Coutrot économiste ; Alexis Cukier philosophe ; Pierre Dardot philosophe ; Nicolas Dessaux archéologue ; Emmanuel Dockès juriste ; Bernard Friot sociologue et économiste ; Jeanine Guespin professeur honoraire ; Sylvie Larue enseignante ; Christian Laval sociologue ; Mathilde Larrère historienne ; Gaëlle Maillard syndicaliste ; Sylvie Mayer parlementaire européenne (1979-1994) ; François Morin économiste ; Christine Poupin syndicaliste ; Jacques Richard expert-comptable ; Jean Sève historien, Jean-Michel Toulouse ancien directeur d’hôpital ; Pierre Zarka ancien directeur de l’Humanité.

Source : Libération. 

Tribune unitaire

Lire la suite Lire la suite

Sauver le capitalisme ou changer d’économie ? (tribune)  Voir ?

Comme en 2008, l'État va soutenir les sociétés de capitaux engagées dans une course effrénée à la valorisation. Il faut s’y opposer et réorienter l’économie en fonction des impératifs de la transition écologique.

La pandémie de Covid-19 a mis à l’arrêt de nombreuses entreprises ce qui laisse anticiper une récession significative. Gouvernements et institutions financières internationales n’ont plus qu’un mot d’ordre : sauver l’économie ! Mais de quelle économie parle-t-on ?

Le gouvernement souhaite-t-il réellement aider les entreprises, qui vont rencontrer de grandes difficultés économiques au cours des mois prochains, ou veut-il simplement sauver le patrimoine des actionnaires ? Pour ce gouvernement et ceux qui l’ont précédé, il ne s’agit pas de sauver les entreprises ou d’accompagner les entrepreneurs mais de protéger les logiques financières qui ont conduit ces dernières années à dévaloriser le travail en le traitant comme un coût qu’il faut sans cesse réduire. Contrairement à une idée reçue, la référence n’est plus «l’entreprise» dans laquelle les collectifs de travail produisent les biens et/ou les services, mais la «société de capitaux», entité juridique derrière laquelle opèrent les actionnaires et les propriétaires des actions.

Ainsi, c’est le collectif de travail qui constitue l’entreprise. Sa finalité n’est pas de faire du profit mais de produire et vendre des biens et des services, de réaliser une valeur ajoutée. La société de capitaux est l’expression juridique la plus répandue de l’entreprise dans laquelle les actionnaires captent, sous forme de profit, une partie de la valeur ajoutée, ce qui n’est pas le cas chez les artisans et dans les Scop. Salaires et cotisations sociales sont un dû, et lorsque les actionnaires ne peuvent les honorer, le pouvoir doit revenir aux salarié·e·s pour la sauvegarde de l’entreprise.

C’est ce que l’Etat veut à tout prix éviter. Or ce n’est pas à l’État, c’est-à-dire aux citoyen·ne·s et contribuables, de se substituer aux sociétés dans le paiement des salaires et des cotisations sociales. En faisant cela, l’Etat épargne les sociétés qui, comme Amazon, profitent de la crise du moment. En période de baisse de la production, les salaires et cotisations sociales doivent être assurés collectivement par l’ensemble des entreprises et si elles ne le peuvent pas, les salarié·e·s doivent prendre le contrôle de celles-ci. L’intervention de l’Etat n’a pour objectif que de sauver le capitalisme et nullement l’économie réelle.

Éliminer les productions inutiles

Cette pandémie est aussi l’occasion de découvrir l’évidence. La chute de la production en Chine a provoqué une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 25% sur les deux premiers mois de l’année. Les Vénitiens sont stupéfaits de revoir des poissons dans des eaux devenues subitement claires. L’air est désormais moins asphyxiant dans nos villes.

Beaucoup se mettent à espérer que la sortie de la pandémie soit l’occasion de repenser nos modes de production et de vie, de conjurer le péril écologique qui menace notre humanité. D’autant que moins de production signifie plus de temps libre, plus de temps pour soi. Et si nous éliminions les productions inutiles ? Et si nous arrêtions les stratégies d’obsolescence programmée des entreprises ? Et si, plutôt que de recycler les emballages, source de nouvelles pollutions, nous nous engagions dans une démarche de zéro-déchets ? Et si, en ayant considérablement baissé le transport des marchandises, nous changions nos modes de transport individuels pour privilégier le rail au détriment de l’avion et de la voiture ? Ceci suppose de revenir sur les plans de privatisation du rail. Et si nous arrêtions de considérer le non-marchand comme une «charge» qui pèse sur la compétitivité des sociétés de capitaux, afin de disposer d’une santé publique à la hauteur d’une société humaine et digne ?

Tout ceci est possible et nécessite des débats citoyens ainsi que des plans massifs de reconversion professionnelle dans une logique qui ne laisse plus personne en situation d’exclusion économique. Ceci implique de reconnaître enfin les qualifications des individus. Mais cette nouvelle manière de voir est contradictoire avec le plan de relance qui est annoncé dont l’unique objectif est de redonner de la valeur aux sociétés de capitaux.

Vers un système financier socialisé ?

La sauvegarde de l’économie productive de biens et de services passe par la reprise en mains des entreprises par les salarié·e·s et le pouvoir donné aux usagers de déterminer ce qu’il faut produire. Nous ne pouvons plus laisser les forces du marché déterminer les investissements et les citoyen·ne·s doivent pouvoir déterminer les grandes orientations de l’économie par un système financier socialisé géré par elles et eux, comme l’a été le régime général de sécurité sociale de 1947 à 1967. L’exercice commun d’une telle démocratie économique suppose que nos vies soient libérées de l’aléa de marchés sur lesquels nous n’avons guère de prise. Alors que notre humanité est aujourd’hui à un tournant qui lui permet de sauver son existence, une partie de la gauche et de l’écologie politique reste silencieuse sur cette opportunité qui porte en elle ses aspirations : la sauvegarde de l’environnement et la disparition de l’exploitation du travail et de l’aliénation marchande.

Demander à l’État de payer pour « sauver l’économie », c’est tomber dans un piège. Comme en 2008, l’État va soutenir les sociétés de capitaux engagées dans une course effrénée à la valorisation. Une fois celles-ci renflouées par l’argent public, les affaires reprendront de plus belle selon la logique capitaliste d’austérité pour les travailleur·se·s, de casse des services publics et de fuite en avant dans une croissance indifférente aux besoins sociaux et écologiques. Les mesures décidées par Emmanuel Macron sont destinées à sauver les sociétés de capitaux. Il faut s’y opposer. Nous avons aujourd’hui une occasion unique de changer notre façon de vivre et de réorienter toute l’économie en fonction des impératifs de la transition écologique. Il faut sauver l’économie de la faillite du capitalisme, et non sauver l’économie capitaliste de la faillite.

Signataires : Tony Andréani philosophe ; Daniel Bachet sociologue ; Ludivine Bantigny historienne ; Benoît Borrits essayiste ; Cédric Caudron ingénieur ; Thomas Coutrot économiste ; Alexis Cukier philosophe ; Pierre Dardot philosophe ; Nicolas Dessaux archéologue ; Emmanuel Dockès juriste ; Bernard Friot sociologue et économiste ; Jeanine Guespin professeur honoraire ; Sylvie Larue enseignante ; Christian Laval sociologue ; Mathilde Larrère historienne ; Gaëlle Maillard syndicaliste ; Sylvie Mayer parlementaire européenne (1979-1994) ; François Morin économiste ; Christine Poupin syndicaliste ; Jacques Richard expert-comptable ; Jean Sève historien, Jean-Michel Toulouse ancien directeur d’hôpital ; Pierre Zarka ancien directeur de l’Humanité.

Source : Libération. 

Tribune unitaire

Fermer Fermer

(03/04/2020 15h06)

Égypte : par milliers, les prisonniers s’attendent à une catastrophe... Libérez-les !  Voir ?

Le nombre de prisons en Égypte s’élève à 68, et 26 d’entre elles ont été créées après le coup d'État de juillet 2013 et l'arrivée de Sissi au pouvoir. Outre ces prisons, il existe 382 centres de détention dans les postes de police et les centres des différents gouvernorats, auxquels il faut ajouter des prisons secrètes dans les casernes, selon un rapport publié par l'Organisation égyptienne des droits humains. Il est à noter que la première prison créée à l'époque de Sissi est la prison de haute sécurité « Lehman Gamasa » dans le gouvernorat de Dakahlia, sur une zone de 42 000 mètres carrés, qui a coûté 750  millions de livres, d’après le ministère de l'Intérieur de l'époque. Fait remarquable, le nombre de prisons en Égypte a augmenté de 30% tandis que les conditions économiques se détérioraient, et que la présidence et le gouvernement exhortaient le peuple égyptien à la patience et à l'endurance nécessaires pour traverser la crise économique. Cela donne un aperçu des tendances actuelles du régime égyptien quand on sait que le nombre des détenus politiques est estimé à plus de 70 000, selon des rapports sur les droits de l'homme, et un nombre inconnu de droits commun, dont on pense qu’il devrait s’élever au double. 

Des conditions de détention catastrophiques 

En 2015, un rapport publié par le Conseil national des droits de humains a établi que les centres de détention souffrent « d’un surpeuplement effrayant » qui dépasse 160% dans les prisons, et 300% dans les postes de police. Un autre rapport, émanant de l’Initiative égyptienne pour les libertés individuelles, publié en mars 2016, a mis en exergue la dégradation des infrastructures des prisons et l’absence de suivi sanitaire. Selon le rapport : « Les détenus n'ont pas accès aux conditions les plus élémentaires d’une vie saine et hygiénique, eux et leurs visiteurs subissent des mauvais traitements et ces derniers ne sont pas autorisés à leur apporter des vêtements, des couvertures et de la nourriture de l'extérieur de la prison malgré le fait que les détenus ne s’en voient pas fournir à l’intérieur. Dans certains cas, les conditions sont proches de ce qu'elles étaient au Moyen Âge. »

Il y a eu une augmentation des décès dus à la négligence médicale dans les prisons en général en 2017. Le Centre Al-Nadim pour la prévention de la violence et de la torture et l'Initiative égyptienne pour les libertés individuelles ont publié une déclaration commune intitulée « Ou vous les soignez, ou vous les libérez : la négligence médicale dans les prisons est un crime », décrivant la réalité de la prise en charge sanitaire pour les détenus dans un certain nombre de prisons égyptiennes, ainsi que des témoignages des prisonniers et de leurs familles

Les rapports du Centre Al-Nadim ont documenté 90 cas de négligence médicale délibérée dans les prisons égyptiennes au premier semestre 2019, avec 14 cas de décès. Ceci s'ajoute aux 347 cas suivis dans le rapport dans différents centres de détention au cours de l’année 2018. 

Les chiffres et les rapports indiquent qu'un crime contre l'humanité a eu lieu dans les prisons et les centres de détention égyptiens avant même le déclenchement de l'épidémie de corona dans le monde et son arrivée au Moyen-Orient et en Égypte il y a quelques semaines, ce qui a incité des organismes locaux et internationaux des droits de l'homme à appeler les autorités égyptiennes à libérer tous les prisonniers par crainte de la propagation de l'épidémie dans les prisons

« Nous nous adressons à tous ceux qui ont une conscience »

Le Bureau de l’OMS Méditerranée orientale a tenu une conférence de presse mercredi 18 mars. Le représentant de l'organisation a répondu à une question concernant les recommandations de l'organisation aux États concernant les prisons et les lieux de détention selon lesquelles il est nécessaire de réduire le surpeuplement des cellules, de supprimer tout obstacle à l'hygiène personnelle et au nettoyage et au lavage des mains, et de préparer les lieux de détention de manière à inclure une distance d'un à deux mètres entre chaque détenu.

Ceci est bien sûr impossible dans des circonstances de surpeuplement et de négligence actuelles.

La Coordination égyptienne des droits et libertés et d’autres militants ont rapporté sur leurs compte Facebook le SOS des détenus de la prison 430 de Wadi Al-Natrun concernant le nouveau coronavirus, faisant état de « la découverte de cas en prison et du manque de soins médicaux nécessaires pour contenir cette crise ». 

Le texte de détresse des détenus déclare : « Nous nous adressons à tous ceux qui ont une conscience encore vive de la liberté et de la vie (OMS, Croix-Rouge mondiale et toutes les parties concernées) d’exhorter les autorités égyptiennes à suivre les traces de l'Iran et de Bahreïn et à libérer immédiatement tous les détenus politiques, à réduire le nombre de personnes dans les cellules à 10 individus au lieu de 20 individus jusqu'à leur libération, à faire passer le nombre d'heures d'entraînement de 4 à 10 heures par jour, à faire fonctionner la ventilation lors des permissions de week-end et de sorties saisonnières, à offrir des cellules d'isolement et des cellules médicalisées humaines pour les prisonniers jusqu'à leur libération, et à fournir des masques et du matériel de prévention et de stérilisation des cellules. »

Les détenus décrivent les conditions insalubres dans lesquelles ils vivent, en disant : « Premièrement, la cellule mesure cinq mètres de long sur trois mètres et demi de largeur et de hauteur, avec cinq minuscules orifices de ventilation recouverts d'une fine grille trouée. Deuxièmement, il y a 20 individus par cellule, ce qui signifie que chaque individu dispose d’un espace de 35 centimètres. Troisièmement, l’aile est divisée en quatre quarts, chaque quart ayant cinq cellules contenant 100 personnes dans un espace ne dépassant pas 20 mètres carrés par aile, avec un seul point d’eau dans chaque cachot utilisé par 20 personnes. »

Il est également signalé que « la nourriture est cuite, nous ne connaissons pas son origine, ce qui facilite la propagation du virus », et que « la ventilation externe est à l'intérieur de la salle pendant quatre heures alors que sont rassemblés à cet endroit à l’étroit 100 individus, ce qui augmente les risques d'infection par le virus. » 

Les détenus indiquent que leur appel au secours était motivé par leurs souffrances, la découverte de cas dans les prisons et le « manque de soins médicaux nécessaires pour contenir cette crise » en leur sein, considérant que ce à quoi ils sont exposés est un « cas de condamnation à mort systématique de masse ».  

Les détenus mettent en garde contre le danger que représentent des prisonniers qui « dorment en respirant les souffles des uns et des autres en raison de la promiscuité », ce qui augmente les risques d'infection, et ils ont considéré dans leur cri de détresse que les autorités égyptiennes, qui ont interdit toutes les visites, prouvent ainsi leur désir de « se débarrasser intentionnellement de tous en exploitant la crise de Corona » sans pouvoir en être incriminés. 

Le texte est accompagné d’un dessin en guise d’avertissement aux autorités : « Le corona ne fait pas la différence entre le prisonnier et le geôlier ».

Administration pénitentiaire criminelle 

Human Rights Watch a publié un rapport le 16 mars intitulé « Pourquoi l'Égypte doit-elle libérer maintenant les prisonniers détenus injustement ? » qui déclare : « Les prisons égyptiennes sont notoirement connues pour leur surpeuplement, leur saleté et leur violation des règles d'hygiène et de santé. En novembre 2019, deux experts des Nations unies ont déclaré que les conditions de détention abusives en Égypte "pouvaient sérieusement mettre en danger la santé et la vie de milliers de prisonniers". C'était quelques mois avant l'apparition du coronavirus hautement pathogène, qui pourrait être désastreux. »

Parmi les mesures urgentes recommandées par Human Rights Watch, la libération par les gouvernements des pays contaminés des prisonniers injustement détenus. En Égypte, cela peut se faire facilement « en commençant par les milliers de prisonniers qui ont été emprisonnés […] pour avoir exercé leurs droits pacifiquement. »

Au lieu de cela, le gouvernement a suspendu le 10 mars les visites en prison des familles et des avocats pendant dix jours dans tout le pays. Pour aggraver les choses, l'Égypte a été exposée le 12 mars à des conditions météorologiques extrêmes, les rues ont été inondées, l'électricité a été coupée dans de nombreuses régions, les toits ont été endommagés et certains décès ont été enregistrés. Des familles disposant de « moyens informels » pour communiquer avec des proches emprisonnés ont signalé que certaines prisons du Caire souffraient de fuites d'eau et de coupures de courant. Ces familles vivent l’enfer d’une angoisse bien légitime. Lorsque certaines familles ont tenté de livrer du savon et des désinfectants à leurs proches détenus, l'administration pénitentiaire a refusé.

Dans le cadre des mesures préventives contre la propagation du virus, les autorités iraniennes ont libéré 85 000 prisonniers, y compris politiques. Ailleurs, les autorités ont décidé dans un certain nombre de villes américaines de libérer des prisonniers et de réduire le nombre de nouvelles arrestations dans certaines provinces des États de l'Ohio et de la Californie, et la Jordanie a également été l'un des pays qui a décidé de libérer 3081 condamnés pour endettement. Le ministère bahreïni de l'Intérieur a annoncé qu'il avait libéré 1 486 détenus pour des raisons humanitaires, eu égard aux circonstances. 

Le jeudi 26 mars 2020  

Article source : https://revsoc.me/politics/42154/ ; traduction de l’arabe par Luiza Toscane. 

Youssef Kamal

Lire la suite Lire la suite

Égypte : par milliers, les prisonniers s’attendent à une catastrophe... Libérez-les !  Voir ?

Le nombre de prisons en Égypte s’élève à 68, et 26 d’entre elles ont été créées après le coup d'État de juillet 2013 et l'arrivée de Sissi au pouvoir. Outre ces prisons, il existe 382 centres de détention dans les postes de police et les centres des différents gouvernorats, auxquels il faut ajouter des prisons secrètes dans les casernes, selon un rapport publié par l'Organisation égyptienne des droits humains. Il est à noter que la première prison créée à l'époque de Sissi est la prison de haute sécurité « Lehman Gamasa » dans le gouvernorat de Dakahlia, sur une zone de 42 000 mètres carrés, qui a coûté 750  millions de livres, d’après le ministère de l'Intérieur de l'époque. Fait remarquable, le nombre de prisons en Égypte a augmenté de 30% tandis que les conditions économiques se détérioraient, et que la présidence et le gouvernement exhortaient le peuple égyptien à la patience et à l'endurance nécessaires pour traverser la crise économique. Cela donne un aperçu des tendances actuelles du régime égyptien quand on sait que le nombre des détenus politiques est estimé à plus de 70 000, selon des rapports sur les droits de l'homme, et un nombre inconnu de droits commun, dont on pense qu’il devrait s’élever au double. 

Des conditions de détention catastrophiques 

En 2015, un rapport publié par le Conseil national des droits de humains a établi que les centres de détention souffrent « d’un surpeuplement effrayant » qui dépasse 160% dans les prisons, et 300% dans les postes de police. Un autre rapport, émanant de l’Initiative égyptienne pour les libertés individuelles, publié en mars 2016, a mis en exergue la dégradation des infrastructures des prisons et l’absence de suivi sanitaire. Selon le rapport : « Les détenus n'ont pas accès aux conditions les plus élémentaires d’une vie saine et hygiénique, eux et leurs visiteurs subissent des mauvais traitements et ces derniers ne sont pas autorisés à leur apporter des vêtements, des couvertures et de la nourriture de l'extérieur de la prison malgré le fait que les détenus ne s’en voient pas fournir à l’intérieur. Dans certains cas, les conditions sont proches de ce qu'elles étaient au Moyen Âge. »

Il y a eu une augmentation des décès dus à la négligence médicale dans les prisons en général en 2017. Le Centre Al-Nadim pour la prévention de la violence et de la torture et l'Initiative égyptienne pour les libertés individuelles ont publié une déclaration commune intitulée « Ou vous les soignez, ou vous les libérez : la négligence médicale dans les prisons est un crime », décrivant la réalité de la prise en charge sanitaire pour les détenus dans un certain nombre de prisons égyptiennes, ainsi que des témoignages des prisonniers et de leurs familles

Les rapports du Centre Al-Nadim ont documenté 90 cas de négligence médicale délibérée dans les prisons égyptiennes au premier semestre 2019, avec 14 cas de décès. Ceci s'ajoute aux 347 cas suivis dans le rapport dans différents centres de détention au cours de l’année 2018. 

Les chiffres et les rapports indiquent qu'un crime contre l'humanité a eu lieu dans les prisons et les centres de détention égyptiens avant même le déclenchement de l'épidémie de corona dans le monde et son arrivée au Moyen-Orient et en Égypte il y a quelques semaines, ce qui a incité des organismes locaux et internationaux des droits de l'homme à appeler les autorités égyptiennes à libérer tous les prisonniers par crainte de la propagation de l'épidémie dans les prisons

« Nous nous adressons à tous ceux qui ont une conscience »

Le Bureau de l’OMS Méditerranée orientale a tenu une conférence de presse mercredi 18 mars. Le représentant de l'organisation a répondu à une question concernant les recommandations de l'organisation aux États concernant les prisons et les lieux de détention selon lesquelles il est nécessaire de réduire le surpeuplement des cellules, de supprimer tout obstacle à l'hygiène personnelle et au nettoyage et au lavage des mains, et de préparer les lieux de détention de manière à inclure une distance d'un à deux mètres entre chaque détenu.

Ceci est bien sûr impossible dans des circonstances de surpeuplement et de négligence actuelles.

La Coordination égyptienne des droits et libertés et d’autres militants ont rapporté sur leurs compte Facebook le SOS des détenus de la prison 430 de Wadi Al-Natrun concernant le nouveau coronavirus, faisant état de « la découverte de cas en prison et du manque de soins médicaux nécessaires pour contenir cette crise ». 

Le texte de détresse des détenus déclare : « Nous nous adressons à tous ceux qui ont une conscience encore vive de la liberté et de la vie (OMS, Croix-Rouge mondiale et toutes les parties concernées) d’exhorter les autorités égyptiennes à suivre les traces de l'Iran et de Bahreïn et à libérer immédiatement tous les détenus politiques, à réduire le nombre de personnes dans les cellules à 10 individus au lieu de 20 individus jusqu'à leur libération, à faire passer le nombre d'heures d'entraînement de 4 à 10 heures par jour, à faire fonctionner la ventilation lors des permissions de week-end et de sorties saisonnières, à offrir des cellules d'isolement et des cellules médicalisées humaines pour les prisonniers jusqu'à leur libération, et à fournir des masques et du matériel de prévention et de stérilisation des cellules. »

Les détenus décrivent les conditions insalubres dans lesquelles ils vivent, en disant : « Premièrement, la cellule mesure cinq mètres de long sur trois mètres et demi de largeur et de hauteur, avec cinq minuscules orifices de ventilation recouverts d'une fine grille trouée. Deuxièmement, il y a 20 individus par cellule, ce qui signifie que chaque individu dispose d’un espace de 35 centimètres. Troisièmement, l’aile est divisée en quatre quarts, chaque quart ayant cinq cellules contenant 100 personnes dans un espace ne dépassant pas 20 mètres carrés par aile, avec un seul point d’eau dans chaque cachot utilisé par 20 personnes. »

Il est également signalé que « la nourriture est cuite, nous ne connaissons pas son origine, ce qui facilite la propagation du virus », et que « la ventilation externe est à l'intérieur de la salle pendant quatre heures alors que sont rassemblés à cet endroit à l’étroit 100 individus, ce qui augmente les risques d'infection par le virus. » 

Les détenus indiquent que leur appel au secours était motivé par leurs souffrances, la découverte de cas dans les prisons et le « manque de soins médicaux nécessaires pour contenir cette crise » en leur sein, considérant que ce à quoi ils sont exposés est un « cas de condamnation à mort systématique de masse ».  

Les détenus mettent en garde contre le danger que représentent des prisonniers qui « dorment en respirant les souffles des uns et des autres en raison de la promiscuité », ce qui augmente les risques d'infection, et ils ont considéré dans leur cri de détresse que les autorités égyptiennes, qui ont interdit toutes les visites, prouvent ainsi leur désir de « se débarrasser intentionnellement de tous en exploitant la crise de Corona » sans pouvoir en être incriminés. 

Le texte est accompagné d’un dessin en guise d’avertissement aux autorités : « Le corona ne fait pas la différence entre le prisonnier et le geôlier ».

Administration pénitentiaire criminelle 

Human Rights Watch a publié un rapport le 16 mars intitulé « Pourquoi l'Égypte doit-elle libérer maintenant les prisonniers détenus injustement ? » qui déclare : « Les prisons égyptiennes sont notoirement connues pour leur surpeuplement, leur saleté et leur violation des règles d'hygiène et de santé. En novembre 2019, deux experts des Nations unies ont déclaré que les conditions de détention abusives en Égypte "pouvaient sérieusement mettre en danger la santé et la vie de milliers de prisonniers". C'était quelques mois avant l'apparition du coronavirus hautement pathogène, qui pourrait être désastreux. »

Parmi les mesures urgentes recommandées par Human Rights Watch, la libération par les gouvernements des pays contaminés des prisonniers injustement détenus. En Égypte, cela peut se faire facilement « en commençant par les milliers de prisonniers qui ont été emprisonnés […] pour avoir exercé leurs droits pacifiquement. »

Au lieu de cela, le gouvernement a suspendu le 10 mars les visites en prison des familles et des avocats pendant dix jours dans tout le pays. Pour aggraver les choses, l'Égypte a été exposée le 12 mars à des conditions météorologiques extrêmes, les rues ont été inondées, l'électricité a été coupée dans de nombreuses régions, les toits ont été endommagés et certains décès ont été enregistrés. Des familles disposant de « moyens informels » pour communiquer avec des proches emprisonnés ont signalé que certaines prisons du Caire souffraient de fuites d'eau et de coupures de courant. Ces familles vivent l’enfer d’une angoisse bien légitime. Lorsque certaines familles ont tenté de livrer du savon et des désinfectants à leurs proches détenus, l'administration pénitentiaire a refusé.

Dans le cadre des mesures préventives contre la propagation du virus, les autorités iraniennes ont libéré 85 000 prisonniers, y compris politiques. Ailleurs, les autorités ont décidé dans un certain nombre de villes américaines de libérer des prisonniers et de réduire le nombre de nouvelles arrestations dans certaines provinces des États de l'Ohio et de la Californie, et la Jordanie a également été l'un des pays qui a décidé de libérer 3081 condamnés pour endettement. Le ministère bahreïni de l'Intérieur a annoncé qu'il avait libéré 1 486 détenus pour des raisons humanitaires, eu égard aux circonstances. 

Le jeudi 26 mars 2020  

Article source : https://revsoc.me/politics/42154/ ; traduction de l’arabe par Luiza Toscane. 

Youssef Kamal

Fermer Fermer

(03/04/2020 14h55)

Aéronautique toulousaine : reprise irresponsable de productions loin d’être «essentielles»  Voir ?

Alors que lors de la première semaine de confinement, du 16 au 20 mars, la plupart des usines liées à la production aéronautique avaient cessé toute production, parfois sous la pression directe des travailleurs exerçant ou menaçant d’exercer leur droit de retrait, on a vu la semaine dernière se multiplier les tentatives de reprise de la production. La direction d’Airbus a fait pression sur ses fournisseurs et sous-traitants pour que leurs usines redémarrent.

L’objectif affiché d’Airbus était que 10 à 15 % du personnel de ces usines revienne sur site, ainsi que des ingénieurs et techniciens utilisant un logiciel trop lourd pour le télétravail mais aussi d’autres qui travaillent à la formation sur simulateurs des équipages (comme si la formation des équipages était prioritaire !).

De nombreux responsables auraient voulu que ceux qui avaient télé-travaillé la première semaine reviennent sur site mais ont dû finalement se contenter de leur imposer une téléconférence quotidienne, souvent sans grand intérêt (mais il faut bien affirmer son autorité...).

Airbus sait très bien qu’il ne peut faire repartir une production significative durant le confinement. Mais l’important serait d’être dans les starting-blocks au moment de la fin de celui-ci. Et ce alors même que beaucoup de compagnies aériennes, dont la trésorerie est mise à mal par le quasi-arrêt du trafic aérien, vont sans doute repousser leurs commandes... Mais, selon Médiapart (voir document en bas de cet article), il y a eu une consigne gouvernementale pour qu’Airbus, entreprise symbolique, reparte... ou au moins en donne l’illusion.

Alors la température des salariés est contrôlée et la distanciation imposée à leur arrivée sur les lieux de travail (ce qui provoque des files d’attente aux portes des ateliers) ; les équipes de production ne se croisent plus dans les usines ; les espaces de travail sont désinfectés pendant deux heures avant le changement. Mais les «ratés» ont été nombreux : mardi 24, à l’usine Airbus de Saint‐Eloi, les masques donnés étaient périmés et il a fallu renvoyer le personnel suite aux pressions syndicales. Le 30 mars, c’est dans un atelier de Blagnac que des travailleurs ont fait valoir leur droit de retrait.

En fait, à Airbus, ce sont quelques milliers de travailleurs, dont beaucoup de managers, qui sont venus à partir de mardi 24, plus pour essayer de mettre en place les mesures sanitaires qu’autre chose (gels, masques, mesures de distanciation). Officiellement, sur les chaînes d’assemblage, le paquet devrait être mis sur la livraison des avions quasiment finis à des compagnies... qui ne viendront, pour beaucoup, pas les chercher...

Chez Figeac-aéro il y a certes des caméras thermiques mais les pièces continuent à passer de main en main (usineurs, contrôleurs, expéditeurs) et le lavage régulier des mains semble une sécurité bien illusoire.

Latécoère communique qu’un tiers de ses salariés est revenu sur site mais ceux-ci ne peuvent pas utiliser en sécurité les vestiaires parfois très exigus... et donc retournent chez eux avec leur tenue de travail...

Et puis nombre de travailleurs ont été choqués par le fait qu’Airbus se réserve des dizaines de milliers de masques et des tonnes de gel afin d’essayer de donner l’impression qu’il se préoccupe de la santé de ses salariés, alors même que les personnels soignants, à quelques kilomètres des usines, en manquent toujours cruellement.

Sans parler des risques sanitaires évidents que génèrent les déplacements quotidiens de milliers de travailleurs dans l’agglomération toulousaine pour répondre à de sordides calculs patronaux.

Bien sûr le déplacement des congés posés avant le 16 mars est systématiquement refusé, comme si on pouvait considérer qu’être confinés chez soi correspondait à des loisirs ! Et grâce aux ordonnances du gouvernement qui permettent d’imposer la prise de RTT et autres congés compensatoires pendant la période de confinement, on commence à transformer des jours qui auraient dû être des jours de loisirs en jours de confinement. Et des travailleurs sont poussés à accepter les risques pour éviter de perdre, s’ils chôment, une part parfois importante de leur revenu.

A Airbus Avions les syndicats majoritaires ont déjà signé un accord scélérat pour permettre, lors de la fin du confinement, de rattraper le «temps perdu», avec heures sup à gogo... Ira-t-on un peu partout, à la fin du confinement, jusqu’aux 60 heures hebdo permises par les ordonnances gouvernementales, au détriment de la santé du personnel ?

L’argument pour tout cela est que «Quand Airbus tousse, toute la filière aéronautique s’enrhume» !

Il est repris par Chauzy, le président du Comité économique, social et environnemental régional, qui appuie à fond la direction d’Airbus. Ce serait pour le bien de tous (les centaines d’entreprises de la filière dans la région Occitanie comme leurs 90 000 salariés et au-delà, pour le bien de toute la région) !

Plus que jamais, face à des patrons irresponsables, les travailleurs de l’aéronautique doivent privilégier leur santé... et celle de toute la population, en restant chez eux aujourd’hui et en refusant de « rattraper » demain pour qu’Airbus puisse s’approcher de son objectif de livraison d’avions !

Correspondant.e.s

Lire la suite Lire la suite

Aéronautique toulousaine : reprise irresponsable de productions loin d’être «essentielles»  Voir ?

Alors que lors de la première semaine de confinement, du 16 au 20 mars, la plupart des usines liées à la production aéronautique avaient cessé toute production, parfois sous la pression directe des travailleurs exerçant ou menaçant d’exercer leur droit de retrait, on a vu la semaine dernière se multiplier les tentatives de reprise de la production. La direction d’Airbus a fait pression sur ses fournisseurs et sous-traitants pour que leurs usines redémarrent.

L’objectif affiché d’Airbus était que 10 à 15 % du personnel de ces usines revienne sur site, ainsi que des ingénieurs et techniciens utilisant un logiciel trop lourd pour le télétravail mais aussi d’autres qui travaillent à la formation sur simulateurs des équipages (comme si la formation des équipages était prioritaire !).

De nombreux responsables auraient voulu que ceux qui avaient télé-travaillé la première semaine reviennent sur site mais ont dû finalement se contenter de leur imposer une téléconférence quotidienne, souvent sans grand intérêt (mais il faut bien affirmer son autorité...).

Airbus sait très bien qu’il ne peut faire repartir une production significative durant le confinement. Mais l’important serait d’être dans les starting-blocks au moment de la fin de celui-ci. Et ce alors même que beaucoup de compagnies aériennes, dont la trésorerie est mise à mal par le quasi-arrêt du trafic aérien, vont sans doute repousser leurs commandes... Mais, selon Médiapart (voir document en bas de cet article), il y a eu une consigne gouvernementale pour qu’Airbus, entreprise symbolique, reparte... ou au moins en donne l’illusion.

Alors la température des salariés est contrôlée et la distanciation imposée à leur arrivée sur les lieux de travail (ce qui provoque des files d’attente aux portes des ateliers) ; les équipes de production ne se croisent plus dans les usines ; les espaces de travail sont désinfectés pendant deux heures avant le changement. Mais les «ratés» ont été nombreux : mardi 24, à l’usine Airbus de Saint‐Eloi, les masques donnés étaient périmés et il a fallu renvoyer le personnel suite aux pressions syndicales. Le 30 mars, c’est dans un atelier de Blagnac que des travailleurs ont fait valoir leur droit de retrait.

En fait, à Airbus, ce sont quelques milliers de travailleurs, dont beaucoup de managers, qui sont venus à partir de mardi 24, plus pour essayer de mettre en place les mesures sanitaires qu’autre chose (gels, masques, mesures de distanciation). Officiellement, sur les chaînes d’assemblage, le paquet devrait être mis sur la livraison des avions quasiment finis à des compagnies... qui ne viendront, pour beaucoup, pas les chercher...

Chez Figeac-aéro il y a certes des caméras thermiques mais les pièces continuent à passer de main en main (usineurs, contrôleurs, expéditeurs) et le lavage régulier des mains semble une sécurité bien illusoire.

Latécoère communique qu’un tiers de ses salariés est revenu sur site mais ceux-ci ne peuvent pas utiliser en sécurité les vestiaires parfois très exigus... et donc retournent chez eux avec leur tenue de travail...

Et puis nombre de travailleurs ont été choqués par le fait qu’Airbus se réserve des dizaines de milliers de masques et des tonnes de gel afin d’essayer de donner l’impression qu’il se préoccupe de la santé de ses salariés, alors même que les personnels soignants, à quelques kilomètres des usines, en manquent toujours cruellement.

Sans parler des risques sanitaires évidents que génèrent les déplacements quotidiens de milliers de travailleurs dans l’agglomération toulousaine pour répondre à de sordides calculs patronaux.

Bien sûr le déplacement des congés posés avant le 16 mars est systématiquement refusé, comme si on pouvait considérer qu’être confinés chez soi correspondait à des loisirs ! Et grâce aux ordonnances du gouvernement qui permettent d’imposer la prise de RTT et autres congés compensatoires pendant la période de confinement, on commence à transformer des jours qui auraient dû être des jours de loisirs en jours de confinement. Et des travailleurs sont poussés à accepter les risques pour éviter de perdre, s’ils chôment, une part parfois importante de leur revenu.

A Airbus Avions les syndicats majoritaires ont déjà signé un accord scélérat pour permettre, lors de la fin du confinement, de rattraper le «temps perdu», avec heures sup à gogo... Ira-t-on un peu partout, à la fin du confinement, jusqu’aux 60 heures hebdo permises par les ordonnances gouvernementales, au détriment de la santé du personnel ?

L’argument pour tout cela est que «Quand Airbus tousse, toute la filière aéronautique s’enrhume» !

Il est repris par Chauzy, le président du Comité économique, social et environnemental régional, qui appuie à fond la direction d’Airbus. Ce serait pour le bien de tous (les centaines d’entreprises de la filière dans la région Occitanie comme leurs 90 000 salariés et au-delà, pour le bien de toute la région) !

Plus que jamais, face à des patrons irresponsables, les travailleurs de l’aéronautique doivent privilégier leur santé... et celle de toute la population, en restant chez eux aujourd’hui et en refusant de « rattraper » demain pour qu’Airbus puisse s’approcher de son objectif de livraison d’avions !

Correspondant.e.s

Fermer Fermer

(03/04/2020 13h16)

Meeting en ligne du NPA « Nos vies valent plus que leurs profits » : une première… réussie !  Voir ?

Mercredi 1er avril, le NPA organisait son premier meeting intégralement en ligne, diffusé sur diverses plateformes (Facebook, Twitter, Youtube). L’occasion, en ces temps de confinement, de discuter, d’échanger, d’argumenter, de défendre des propositions et une politique radicalement alternatives à celles d’un pouvoir d’irresponsables et de menteurs, dont les décisions (ou l’absence de décisions) nous envoient dans le mur. L’occasion, en somme, de faire de la politique et de faire entendre des voix dissonantes, loin de la lamentable autosatisfaction gouvernementale et des injonctions à renoncer à toute critique pour cause de crise sanitaire et d’ « union nationale ». 

L’exercice était inédit en ce qui nous concerne. Si nous sommes une organisation habituée à internet et aux réseaux sociaux, réussir une initiative réunissant plus d’une quinzaine d’intervenantEs dispersés un peu partout (jusqu’en Algérie) a posé des difficultés inédites et un long travail de préparation avec chacunE des participantEs pour éviter au maximum les surprises de dernière minute. Et si quelques petits imprévus se sont invités durant les trois heures qu’a duré ce meeting, l’ensemble s’est globalement déroulé de façon fluide grâce à l’engagement technique de quelques camarades. Qu’ils et elles en soient remerciés, ainsi que touTEs les intervenanteEs ! 

Pouvoir irresponsable 

Les trois porte-parole du NPA, Philippe Poutou, Olivier Besancenot et Christine Poupin, étaient bien « entourés ». Sont intervenus de nombreux militantEs anticapitalistes, représentant divers secteurs : la santé bien sûr, des CHU aux Ehpad en passant par des médecins de ville, mais aussi le commerce, l’aéronautique, les transports, l’automobile, l’informatique… Autant d’expériences qui montrent à quel point la santé des salariéEs est exposée pour maintenir à tout prix les profits, y compris et notamment dans des secteurs non essentiels, mais aussi comment les secteurs essentiels sont négligés, sous-financés, avec des conditions de travail insupportables et un manque criant de matériel de protection (masques, gel, etc.). À La Poste comme dans bien d’autres secteurs, les bagarres pour l’exercice du droit de retrait se multiplient, malgré les pressions exercées par le gouvernement et les directions d’entreprises, et malgré (et contre) les nouvelles attaques contre les droits des salariéEs, que nous a détaillées un camarade de l’inspection du travail. 

L’irresponsabilité du pouvoir est criante et l’autoritarisme dissimule mal l’absence totale d’anticipation, consubstantielle au néo-libéralisme, à l’image de ce qui se passe dans l’Éducation nationale où, malgré les déclarations de Blanquer, les enseignantEs, les parents et les élèves sont livrés à eux-mêmes, avec un renforcement accru des inégalités face à l’école. Des inégalités qui s’approfondissent, avec une situation préoccupante dans les quartiers populaires, où l’on manque de tout… sauf de répression policière. La situation préoccupante des femmes a évidemment été évoquées, tant elles sont, une fois de plus, les premières victimes de la crise, que ce soit au niveau du travail, de la santé, de la prise en charge de nombreuses tâches supplémentaires liés au confinement, mais aussi des violences. 

Résistances

Dans une telle situation, s’il est difficile de s’organiser pour lutter, les résistances sont bien là, comme l’ont montré nombre d’interventions, et le discours et les propositions anticapitalistes, que plusieurs intervenants, notamment nos porte-parole, ont formulées, ont une audience toute particulière. C’est aussi le cas à l’international, ce que nous ont confirmé trois camarades en ligne depuis l’Italie, l’État espagnol et l’Algérie. « Nos vies valent plus que leurs profits » : tel était le mot d’ordre sous lequel nous avions organisé ce meeting, pour rappeler que oui, une autre politique est possible, un autre monde est possible, et que la crise actuelle, qui révèle un peu plus l’irrationalité et l’inhumanité du système capitaliste, peut jouer un rôle de détonateur, dans les consciences et, bientôt, dans les mobilisations.

Plusieurs milliers de personnes se sont connectées durant le meeting sur les diverses plate-formes, et ce sont en moyenne environ 1000 personnes qui étaient connectées en permanence. Un encouragement à renouveler l’initiative, à poursuivre les discussions, à continuer à partager les expériences et les propositions, pour préparer, dès maintenant, le jour d’après. 

Meeting à retrouver en ligne (en intégralité) sur : https://www.youtube.com/watch?v=esUDXAvYipk&feature=youtu.be

Correspondant.e.s

Lire la suite Lire la suite

Meeting en ligne du NPA « Nos vies valent plus que leurs profits » : une première… réussie !  Voir ?

Mercredi 1er avril, le NPA organisait son premier meeting intégralement en ligne, diffusé sur diverses plateformes (Facebook, Twitter, Youtube). L’occasion, en ces temps de confinement, de discuter, d’échanger, d’argumenter, de défendre des propositions et une politique radicalement alternatives à celles d’un pouvoir d’irresponsables et de menteurs, dont les décisions (ou l’absence de décisions) nous envoient dans le mur. L’occasion, en somme, de faire de la politique et de faire entendre des voix dissonantes, loin de la lamentable autosatisfaction gouvernementale et des injonctions à renoncer à toute critique pour cause de crise sanitaire et d’ « union nationale ». 

L’exercice était inédit en ce qui nous concerne. Si nous sommes une organisation habituée à internet et aux réseaux sociaux, réussir une initiative réunissant plus d’une quinzaine d’intervenantEs dispersés un peu partout (jusqu’en Algérie) a posé des difficultés inédites et un long travail de préparation avec chacunE des participantEs pour éviter au maximum les surprises de dernière minute. Et si quelques petits imprévus se sont invités durant les trois heures qu’a duré ce meeting, l’ensemble s’est globalement déroulé de façon fluide grâce à l’engagement technique de quelques camarades. Qu’ils et elles en soient remerciés, ainsi que touTEs les intervenanteEs ! 

Pouvoir irresponsable 

Les trois porte-parole du NPA, Philippe Poutou, Olivier Besancenot et Christine Poupin, étaient bien « entourés ». Sont intervenus de nombreux militantEs anticapitalistes, représentant divers secteurs : la santé bien sûr, des CHU aux Ehpad en passant par des médecins de ville, mais aussi le commerce, l’aéronautique, les transports, l’automobile, l’informatique… Autant d’expériences qui montrent à quel point la santé des salariéEs est exposée pour maintenir à tout prix les profits, y compris et notamment dans des secteurs non essentiels, mais aussi comment les secteurs essentiels sont négligés, sous-financés, avec des conditions de travail insupportables et un manque criant de matériel de protection (masques, gel, etc.). À La Poste comme dans bien d’autres secteurs, les bagarres pour l’exercice du droit de retrait se multiplient, malgré les pressions exercées par le gouvernement et les directions d’entreprises, et malgré (et contre) les nouvelles attaques contre les droits des salariéEs, que nous a détaillées un camarade de l’inspection du travail. 

L’irresponsabilité du pouvoir est criante et l’autoritarisme dissimule mal l’absence totale d’anticipation, consubstantielle au néo-libéralisme, à l’image de ce qui se passe dans l’Éducation nationale où, malgré les déclarations de Blanquer, les enseignantEs, les parents et les élèves sont livrés à eux-mêmes, avec un renforcement accru des inégalités face à l’école. Des inégalités qui s’approfondissent, avec une situation préoccupante dans les quartiers populaires, où l’on manque de tout… sauf de répression policière. La situation préoccupante des femmes a évidemment été évoquées, tant elles sont, une fois de plus, les premières victimes de la crise, que ce soit au niveau du travail, de la santé, de la prise en charge de nombreuses tâches supplémentaires liés au confinement, mais aussi des violences. 

Résistances

Dans une telle situation, s’il est difficile de s’organiser pour lutter, les résistances sont bien là, comme l’ont montré nombre d’interventions, et le discours et les propositions anticapitalistes, que plusieurs intervenants, notamment nos porte-parole, ont formulées, ont une audience toute particulière. C’est aussi le cas à l’international, ce que nous ont confirmé trois camarades en ligne depuis l’Italie, l’État espagnol et l’Algérie. « Nos vies valent plus que leurs profits » : tel était le mot d’ordre sous lequel nous avions organisé ce meeting, pour rappeler que oui, une autre politique est possible, un autre monde est possible, et que la crise actuelle, qui révèle un peu plus l’irrationalité et l’inhumanité du système capitaliste, peut jouer un rôle de détonateur, dans les consciences et, bientôt, dans les mobilisations.

Plusieurs milliers de personnes se sont connectées durant le meeting sur les diverses plate-formes, et ce sont en moyenne environ 1000 personnes qui étaient connectées en permanence. Un encouragement à renouveler l’initiative, à poursuivre les discussions, à continuer à partager les expériences et les propositions, pour préparer, dès maintenant, le jour d’après. 

Meeting à retrouver en ligne (en intégralité) sur : https://www.youtube.com/watch?v=esUDXAvYipk&feature=youtu.be

Correspondant.e.s

Fermer Fermer

(02/04/2020 20h17)

Chez Renault, un « accord » qui autorise une reprise de la production pendant l’épidémie  Voir ?

Alors que les usines Renault sont toutes à l’arrêt en raison de l'épidémie qui continue de progresser, un accord a été signé entre la direction de Renault et les syndicats CGC, CFDT et FO. Ces trois signatures, qui représentent plus de 50% des voix aux élections professionnelles, suffisent à rendre l'accord applicable dans tous les établissements de Renault. La  CGC et les autres syndicats signataires sont surtout majoritaires dans les 2e et 3e collèges qui peuvent être en télétravail : ce n’est quand même pas à eux de dicter les conditions et les dates de la reprise pour les ouvriers des usines de production. 

L’accord garantit 100% du salaire pendant le chômage partiel dû à l’épidémie de coronavirus, sans que Renault n’ait beaucoup à débourser, l'essentiel étant assuré par l’État, c’est-à-dire par nos impôts, et le reste par un fonds de solidarité financé en partie par les salariéEs eux et elles-mêmes.

En outre, cet accord ouvre la voie à la déréglementation du travail tant ce qui concerne les horaires que les prises de congé.

Et surtout cet accord, sous couvert de la mise en place d’une protection sanitaire dans les établissements, s’inscrit dans une perspective de reprise des activités de production des usines en pleine épidémie. La revendication basique « Pas de reprise de la production tant que les risques de contagion persistent » est purement et simplement abandonnée. 

Nos vies valent plus que leurs profits. Cet « accord » tourne le dos à cette exigence.

Source : blog NPA auto-critique

Correspondant.e.s

Lire la suite Lire la suite

Chez Renault, un « accord » qui autorise une reprise de la production pendant l’épidémie  Voir ?

Alors que les usines Renault sont toutes à l’arrêt en raison de l'épidémie qui continue de progresser, un accord a été signé entre la direction de Renault et les syndicats CGC, CFDT et FO. Ces trois signatures, qui représentent plus de 50% des voix aux élections professionnelles, suffisent à rendre l'accord applicable dans tous les établissements de Renault. La  CGC et les autres syndicats signataires sont surtout majoritaires dans les 2e et 3e collèges qui peuvent être en télétravail : ce n’est quand même pas à eux de dicter les conditions et les dates de la reprise pour les ouvriers des usines de production. 

L’accord garantit 100% du salaire pendant le chômage partiel dû à l’épidémie de coronavirus, sans que Renault n’ait beaucoup à débourser, l'essentiel étant assuré par l’État, c’est-à-dire par nos impôts, et le reste par un fonds de solidarité financé en partie par les salariéEs eux et elles-mêmes.

En outre, cet accord ouvre la voie à la déréglementation du travail tant ce qui concerne les horaires que les prises de congé.

Et surtout cet accord, sous couvert de la mise en place d’une protection sanitaire dans les établissements, s’inscrit dans une perspective de reprise des activités de production des usines en pleine épidémie. La revendication basique « Pas de reprise de la production tant que les risques de contagion persistent » est purement et simplement abandonnée. 

Nos vies valent plus que leurs profits. Cet « accord » tourne le dos à cette exigence.

Source : blog NPA auto-critique

Correspondant.e.s

Fermer Fermer

(02/04/2020 17h52)

Dernière mise à jour : 04/04/2020 21h36

 
 
Prévisualiser...  Imprimer...  Imprimer la page...